AGI : qui trace la ligne d’arrivée ?

Intelligence artificielle générale

Malgré le rebond de vendredi, les marchés mondiaux sont sous pression cette semaine en raison du renouveau de tensions inflationnistes et de la poursuite de la hausse des taux longs.

L’intelligence artificielle générale est-elle vraiment à portée de main ?

Macro 🔭

Aux Etats-Unis, c’est l’inflation qui domine la macro cette semaine : les prix à la production progressent un peu plus qu’attendu, tandis que les prix à la consommation affichent une hausse de 3,4% (annualisés) en août comme en juillet, tirés notamment par la hausse des prix du diesel (record absolu à 6$). Les investisseurs attendent désormais trois hausses de taux d’ici la fin de l’année, dont une la semaine prochaine. Et les consommateurs s’inquiètent : l’indice de sentiment de l’université du Michigan baisse significativement. Trump offre aux électeurs 5 000 $ si les Républicains gardent la majorité aux élections de mi-mandat, une promesse de gascon car la loi ne serait probablement pas votée, et pèserait trop sur les finances publiques. Les tentatives du secrétaire d’Etat au Trésor Scott Bessent de faire baisser les taux longs échouent, sa crédibilité suivant le même chemin que celle de son président. Enfin, Mark Carney, le premier ministre canadien, prend le parti d’affronter Trump en instaurant des droits de douane de 15 à 50% sur des centaines de produits américains en réponse aux 50% affectés à 20 Md$ d’exportations canadiennes par Trump en août.

Dans la zone €, la BCE relève ses taux directeurs de 25 bps à l’unanimité, portant le taux de dépôt à 2,5%, et se déclare préoccupée par l’inflation, alors que le baril de brent approche les 110$. Le spread entre l’OAT 10 ans et le Bund allemand atteint un plus-haut depuis 2012 jeudi, alors même que la révision à la baisse des prévisions de croissance par le gouvernement français laisse anticiper une nouvelle dégradation sur le front de la dette. Les Emirats Arabes Unis s’engagent à investir 40 Md€ en Allemagne dans des secteurs allant de l’énergie à la défense en passant par l’IA. L’UE étudie une alliance d’envergure (allant du commerce à la sécurité) avec le Canada ; on ne peut qu’applaudir.

Au Japon, l’indice économique avancé affiche une nouvelle progression en juillet, de même que l’indice Eco Watchers de sentiment dans les services et le Tankan (sentiment dans l’industrie), qui atteint un plus-haut depuis 2021 grâce à la contribution des fournisseurs d’équipements destinés aux data centers. Scott Bessent n’a donc pas tort quand il déclare que le pays est sorti de la déflation, espérant un relèvement des taux de la BoJ et s’exprimant en faveur d’un redressement du JPY avec la subtilité qu’on lui connaît : « C’est moi qui ai la main » (I’m the house now), affirme-t-il.

Les exportations chinoises poursuivent leur croissance insolente, augmentant de 25% en août et portées par la technologie. Particulièrement vigoureuses vers les Etats-Unis, elles devraient alimenter les tensions entre les deux gouvernements. Les importations sont elles aussi en forte hausse (matières premières et composants liés à l’IA). L’inflation est contenue (0,8% en août), mais les craintes de déflation du début d’année ont disparu.

Au Brésil, l’inflation ralentit en août à 4,22%, s’inscrivant plus fermement dans l’objectif de la banque centrale.

Le fonds souverain norvégien, le plus important au monde, envisage de réduire le poids des dettes souveraines dans son allocation pour mieux prendre en compte le niveau d’endettement, de déficits et la vulnérabilité budgétaire de certains pays.

🎯 Réflexe portefeuille

Jeudi, le spread entre l’OAT française à 10 ans et le Bund allemand a atteint son plus haut niveau depuis 2012.

Qu’est-ce que cela dit avec certitude ?

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Micro 🔬

30% des répondants à un sondage de Bloomberg estiment qu’un niveau de 5 à 5,25% sur les taux à 10 ans américains entraînerait une baisse marquée des actions, qui pour l’instant résistent plutôt bien en raison de la vigueur des révisions bénéficiaires, tandis que 22% estiment qu’il faudrait pour cela atteindre une fourchette 5,25-5,55%. Les 5% ont été frôlés en séance vendredi. 

Les résultats d’Oracle étaient probablement les plus attendus de la semaine et ils ne déçoivent pas sur le chiffre d’affaires, notamment dans l’infrastructure cloud, où les ventes font plus que doubler. En revanche, la forte baisse de la marge brute est plutôt mal reçue. Le groupe investit toujours massivement pour construire la capacité de calcul pour laquelle il a des commandes représentant près de dix ans de chiffre d’affaires, mais le fait que 50% du carnet soit lié à OpenAI, et que le groupe multiplie les levées de dette et de fonds propres inquiète le marché. Même si cette semaine Microsoft confirme le besoin en annonçant vouloir tripler sa puissance de calcul d’ici 2032.

Apple présente ses nouveaux produits lors de sa keynote de rentrée : l’iPhone 18 Pro, et surtout le premier iPhone pliable, sept ans après le lancement de l’innovation par Samsung, en ligne avec la stratégie de (moyennement) fast follower de la marque à la pomme. Détails ici.

Taiwan Semiconductor Manufacturing Company dévoile une nouvelle accélération de ses ventes en août, grâce notamment à la demande de processeurs et d’accélérateurs pour les serveurs dédiés à l’IA.

Adobe, qui fait l’objet comme tout le secteur des logiciels d’une attention accrue des investisseurs en raison des risques de disruption par l’intelligence artificielle, est pénalisé sur sa publication de résultats : si ceux du troisième trimestre sont de facture honnête, les objectifs pour le trimestre en cours déçoivent un peu. Le secteur des logiciels destinés aux créatifs est particulièrement pénalisé, l’IA permettant de générer plus facilement des visuels. Si la société affiche une forte croissance de ses propres solutions IA, il n’est pas aberrant de penser que certains clients pourront se passer de leur abonnement. L’incertitude est amplifiée par le changement récent de directeur général et la démission récente du directeur financier.

Les rachats de sociétés de gestion européennes par des groupes américains ont atteint en 2026 leur niveau le plus élevé depuis au moins 1995, avec plus de 14 Md$ d’opérations annoncées selon Dealogic, dont le rachat de Schroders par Nuveen. Cette nouvelle vague de consolidation met en lumière un déséquilibre plus profond : les gestionnaires américains captent 99 % des flux nets vers les fonds et ETF aux États-Unis et gèrent désormais près de 47 % des encours en Europe. La souveraineté financière passe aussi par la maîtrise de l’allocation du capital.

La minute innovation 🧚🏻

OpenAI annonce avoir résolu l’équation de Navier-Stokes grâce à 10 000 agents, mais l’essentiel de la prouesse reviendrait à des chercheurs tout ce qu’il y a de plus humains. Résumé (fortement conseillé) ici.

La division sportive de Toyota, Gazoo Racing, lance le GR KART, un engin de sport destiné à élargir l’accès aux courses aux enfants et aux familles en étant facilement transportable, avec des réglages des sièges et du volant pour l’adapter à toutes les tailles, et pour l’équivalent d’environ 2 400€.

Veradermics, cotée sous le ticker (symbole boursier ou mnémonique en français) MANE (crinière), pourrait commercialiser à relativement court terme la première innovation dans le traitement de la calvitie depuis 30 ans. Résultats de phase 2/3 au deuxième semestre.

Mistral lève 3 Md$ sur une valorisation pre-money de 21 Md$ dans un tour mené par Samsung.

AGI : qui trace la ligne d’arrivée ? 🥁

La semaine dernière, OpenAI entamait le déploiement de son dernier modèle, GPT-6 Astra, en annonçant qu’il pourrait rétrospectivement être considéré comme le modèle marquant l’arrivée de l’intelligence artificielle générale (AGI). Cette semaine, Sam Altman déclare lors d’une réunion avec tous les salariés qu’il envisage de ralentir le développement de son IA. Coup de bluff ou prise au sérieux des signaux d’alerte, alors que les démissions de chercheurs se multiplient et que 1 100 dirigeants et salariés du secteur ont signé une pétition pour créer une gouvernance mondiale du développement de l’IA de pointe ?

Les inquiétudes ont également été nourries par plusieurs incidents survenus lors d’épreuves de cybersécurité de type capture-the-flag (CTF). Chez OpenAI, des modèles ont réussi à contourner leur environnement de test pour accéder à Internet et compromettre des systèmes externes. Chez Anthropic, une mauvaise configuration avait laissé un accès Internet ouvert, que Claude a utilisé pour obtenir un accès non autorisé aux systèmes de trois organisations.

En tout cas, c’est la semaine des propos alarmistes (ou des lanceurs d’alerte, c’est vous qui jugez) : Jacob Coxon, chercheur en IA, démissionne et accuse dans un post devenu viral sur X ses deux précédents employeurs, Anthropic et OpenAI, de mettre nos vies en jeu : « The people building AI earnestly believe that it could kill us all by the end of the decade ». Joe Benton et Josh Engels, qui travaillaient tous les deux dans la recherche sur la sûreté de l’IA, respectivement chez Anthropic et Google DeepMind, alertent également sur les risques de la technologie. Egratignant au passage les dirigeants du secteur : « There is no adult in the room. » Et Greg Jensen, co-CIO de Bridgewater, un des plus grands hedge funds mondiaux, compare l’IA au coronavirus et craint que personne ne s’oppose à son développement tant qu’elle n’aura pas tué quelqu’un, tandis que Paul Tudor Jones, autre gérant de hedge, la compare à un ouragan de catégorie 6. Time to panic ?

Mais qu’entend-on par AGI ? Pour OpenAI, c’est un système hautement autonome capable de surpasser les humains dans la plupart des travaux ayant une valeur économique. La société a établi une notation à 5 niveaux, le premier étant le chatbot, le quatrième les innovateurs (IA susceptibles d’aider à inventer), le cinquième une IA capable d’effectuer le travail d’une organisation. Le niveau 3 correspond aux agents. Pour Google DeepMind, il s’agit plutôt de surpasser les humains dans des travaux utiles et d’apprendre de nouvelles compétences partir de données restreintes. La société note la progression sur 6 niveaux, de 0 (humain non qualifié) à 5 (surhomme : performe mieux que 100% des humains sur un large champ de tâches).  ARC Prize, à l’origine des benchmarks les plus utilisés pour comparer les modèles, considère que l’AGI est un système qui peut acquérir de manière efficiente de nouvelles compétences en dehors de ses données d’entraînement. Quant aux sentiments ou à la conscience, nul ne sait si l’IA atteindra ces stades un jour.

Ces exemples mettent surtout en évidence trois façons assez différentes d’appréhender l’AGI. OpenAI retient une définition directement liée à la valeur économique créée ; Google DeepMind insiste davantage sur la généralité des capacités et le niveau de performance par rapport aux humains ; ARC Prize s’intéresse surtout à la capacité d’un système à acquérir efficacement de nouvelles compétences face à des situations inconnues. Ces approches ne conduisent pas forcément à la même date d’arrivée de l’AGI : plus le critère retenu est large et exigeant, plus le seuil est difficile à franchir.  Cela contribue sans doute à expliquer pourquoi Demis Hassabis situe encore l’AGI autour de 2030, là où OpenAI adopte un discours beaucoup plus offensif sur sa proximité. Sans compter qu’il a aussi sans doute moins besoin de hype qu’Anthropic et OpenAI, qui doivent lever beaucoup d’argent… 🙊

Certains experts pensent que l’atteinte de l’AGI pourrait entraîner une vague de découvertes sans précédent, une sorte de Renaissance moderne. D’autres, on le voit ces derniers jours, sont nettement moins optimistes. En tout état de cause, ralentir est un vœu pieux en l’absence d’une gouvernance mondiale efficace. Interrogé, Trump a déclaré qu’il ne redoutait pas l’extinction de l’espèce humaine, mais de voir les Etats-Unis dépassés par la Chine. Ses concitoyens sont moins enthousiastes : 38 % des Américains se disent enthousiastes à l’égard des produits et services utilisant l’IA, contre 84 % des Chinois. Une raison de parier sur un rattrapage des valeurs techs chinoises, en retard sur leurs homologues US ?

Cet article ne constitue pas une recommandation d’investissement sur les thèmes ou les titres mentionnés.