Au rythme des données

Santé connectée

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Un rapport sur l’emploi inhabituellement faible permet aux marchés américains de se ressaisir en fin de semaine, tandis que le rebond de l’inflation et la situation budgétaire française pèsent sur les marchés européens.

Le fabricant de dispositifs connectés Oura, pionnier des smartrings, reporte son IPO.

Macro 🔭

Aux Etats-Unis, l’inflation mesurée par le PCE est très contenue (3,4% en août), et le rapport sur l’emploi non agricole de vendredi (NFP) fait état d’une dégradation marquée en septembre : 29 000 créations d’emploi au lieu des 90 000 attendues, révision à la baisse des chiffres d’août et de juillet, hausse du taux de chômage de 4,1 à 4,2%, et hausse modérée des salaires. Les deux données entraînent une réduction massive de la probabilité d’une hausse de taux lors du prochain comité de la Fed, qui passe de 70 à 20% environ en l’espace d’une semaine. Par ailleurs, la croissance du PIB du deuxième trimestre est revue à la hausse à 2,2% (la lecture initiale de 1,5% était surprenamment basse), et la confiance du consommateur (Conference Board) flanche encore.

Dans la zone €, l’indicateur de confiance de l’industrie s’améliore tout en restant négatif. Dans les services, il est au plus-haut depuis janvier. Le taux de chômage est stable à 6,4%. L’inflation ressort à 3,8% en septembre après 3,2% en août. Les obligations du Trésor français à 10 ans affichent un plus-haut depuis 2002, et le spread (écart de taux) avec le Bund allemand, à 130 points, est au plus-haut depuis 2012. Le marché ne croit pas au passage du budget, et n’anticipe pas (à raison) de coup de pouce de la BCE.

Au Japon, l’indice Tankan de sentiment des grandes entreprises enregistre une nouvelle hausse au troisième trimestre. Même tendance pour les petites entreprises. L’inflation dans la région de Tokyo accélère fortement en septembre

Le gouvernement chinois annonce un plan de relance modeste (trois autres chantiers budgétaires sont à l’étude) : subventions pour les emprunts immobiliers, prêts de la banque centrale pour financer l’infrastructure, la tech et quelques secteurs clefs, et aides à la consommation. Par ailleurs, le PMI composite officiel repasse en zone d’expansion en septembre, tandis que celui de RatingDog surprend favorablement.

Au Brésil, la croissance des prix à la production augmente légèrement en août, mais reste très contenue, notamment compte tenu de l’augmentation des prix de l’énergie. Les prix à la consommation enregistrent en revanche un rebond marqué. Les créations d’emploi surprennent fortement à la hausse, et le taux de chômage est stable à 5,3%.

La hausse de la prime de risque sur la dette française peut-elle rester cantonnée aux seules OAT ?

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B. Une hausse durable du risque souverain peut aussi se transmettre au financement des banques et des entreprises. Elle peut renchérir le coût de financement des banques, puis celui des entreprises qui dépendent du crédit bancaire. Les obligations d’entreprises peuvent également voir leur prime de risque augmenter.

Micro 🔬

Le PE de Shiller est calculé en divisant le cours d’un titre ou d’un indice par la moyenne des bénéfices par actions ajustés de l’inflation des dix dernières années, afin de lisser les écarts entre hauts (marges élevées) et bas (résultats très faibles, voire pertes) de cycle. Comme tous les indicateurs de valorisation, il n’est pas très utile pour prévoir le directionnel à court, voire moyen terme, mais flashe quand même ces temps-ci un petit signal de prudence : à 41, il n’est pas loin de son plus-haut des cent dernières années.

Micron Technology (semiconducteurs de mémoire) publie encore des résultats stellaires (résultat net multiplié par près de 12) grâce aux ventes de mémoire à large bande passante (HBM) indispensable aux GPU. La société a vendu la quasi-totalité de sa capacité pour 2027.

Le titre d’Accenture s’offre un rebond marqué, dans une tendance très baissière depuis deux ans, sur la publication de ses résultats trimestriels. La hausse tient surtout à un rattrapage de valorisation, car si la croissance est plutôt rassurante pour l’activité mondiale (à supposer qu’avec l’avènement de l’IA, l’évolution des dépenses de conseil mondiales que suivait le marché via Accenture pour se faire une idée de la santé de l’économie soit encore un indicateur valable), elle doit pour beaucoup aux acquisitions. La société projette 3 à 6% de croissance de chiffre d’affaires pour sa prochaine année fiscale, environ la même chose pour les résultats, et des rachats d’actions en retrait par rapport à cette année.

Nvidia lance l’Open Agent Safety Platform, un système comprenant deux logiciels conçus pour tourner sur l’infrastructure Nvidia qui contrôlent les données auxquels les agents IA ont accès en temps réel et les désactive quand ils enfreignent les règles. La société affirme que ce dispositif aurait pu empêcher la récente attaque très médiatisée de Hugging Face. OpenAI a d’ailleurs confirmé ce week-end que ses agents étaient allés s’amuser sur les sites du gouvernent américain cet été, récupérant des données du Census bureau ou de la SEC. Sociétés et chercheurs enquêtent sur des dizaines de milliers de cas où le comportement des IA s’est révélé problématique.

On sort un peu de la tech (dont fait partie Accenture aux yeux des indices) pour commencer (sans précipitation) à s’intéresser à un secteur qui repose aussi sur l’innovation, et a beaucoup souffert en bourse ces derniers temps (cf nos valeurs de luxe), la consommation discrétionnaire. Cette semaine, Nike affiche un nouveau plus-bas sur la publication de ses résultats. Pénalisé par un déficit d’innovation dans le running, une stratégie de distribution en direct positive pour les marges mais qui lui a aligné les chaînes de distribution, et la faiblesse de la demande en Chine, le groupe voit ses ventes baisser de 5% hors effets devises (pour Converse, c’est -28%) et amplifie son programme de restructuration.

Les immatriculations de Tesla surprennent à la hausse (mais baissent quand même de 2%), offrant au titre un rebond en fin de semaine.

Pitchbook publie son rapport trimestriel sur le private equity dans le monde (à retrouver ici) : le troisième trimestre enregistre un rebond salutaire des sorties en valeur grâce à quelques grosses opérations, tandis que le nombre d’investissements augmente plus marginalement, et que les levées de fonds affichent encore une forte baisse et reviennent sur leur niveau de 2016.

La minute innovation 🧚🏻

Le Financial Times et Reuters ont dévoilé quelques chiffres provenant du prospectus d’introduction en bourse d’Anthropic : 4,6 Md$ de chiffre d’affaires en 2025 (x12), annualisant à 65 Md$ en juillet 2026, 42 Md$ de pertes, 518 Md$ d’engagements financiers dans le cloud et les infrastructures pour les prochaines années, et 2 000 Md$ de valorisation cible. La société vise une IPO en novembre, tandis qu’OpenAI a repoussé la sienne à l’année prochaine, et envisagerait à court terme une levée de 30 Md$ sur une valorisation de 1 400 Md$.

Les Chinois DeepSeek et Huawei ont publié en open source une suite logicielle conçue comme une alternative directe à l'écosystème CUDA de Nvidia. Ce déploiement comprend six modules de calcul et de communication (notamment DeepGEMM et DeepEP) optimisés pour faire tourner l'entraînement et l'inférence de modèles d'IA à grande échelle directement sur les puces chinoises Huawei Ascend.

A force d’utiliser des LLMs, nous parlons comme des hommes des cavernes : Now we’re all starting to talk like AI chatbots.

Au rythme des données

Fin septembre 2026, la pépite finlandaise Oura, pionnière des bagues connectées (smart rings), a officialisé le report de son introduction en bourse sur le Nasdaq. L'opération visait 2,2 milliards de dollars en primaire et secondaire, sur une valorisation cible pouvant atteindre 15,6 milliards de dollars. La société vise 1,7 Md$ de chiffre d’affaires en 2026, en hausse de 90%, et était marginalement rentable en 2025. La direction a préféré temporiser dans un marché devenu plus volatil et, selon certaines sources, faute d’avoir obtenu les conditions de valorisation souhaitées.

Les dispositifs connectés permettent désormais de mesurer ou d’estimer en continu de nombreux paramètres physiologiques : cardiovasculaires (de la fréquence cardiaque à l’âge vasculaire), métaboliques (glycémie), respiratoires et hématologiques (saturation en oxygène dans le sang, fréquence respiratoire etc.), thermiques et circadiens (température, architecture du sommeil) ; ils peuvent aussi proposer des fonctionnalités de suivi d’activité (détection de chutes par exemple).

Les mesures sont effectuées par deux grandes familles d’appareils connectés : les dispositifs portables grand public, et les dispositifs médicaux connectés et appareils de télésurveillance. Les premiers comprennent les bagues connectées (Oura Ring, Ultrahuman Ring, RingConn, Samsung Galaxy Ring), les montres et bracelets connectés (Apple Watch, Garmin, Whoop, Fitbit/Google), et les écouteurs intelligents. Les seconds regroupent les capteurs de glucose en continu, les moniteurs cardiaques continus (iRhythm, Withings), les tensiomètres et balances connectées (Omron, Withings), les dispositifs respiratoires connectés et les implants (pancréas artificiel, implants cardiaques).

La thématique est structurellement porteuse. Le marché de la santé numérique est estimé à 250 Md$ environ, et devrait afficher un taux de croissance annuel moyen de plus de 15% d’ici 2030. Il est tiré par trois facteurs. Primo, le vieillissement de la population dans les pays développés et certains émergents s'accompagne d'une prévalence accrue des pathologies chroniques (diabète, hypertension, insuffisance cardiaque), et la saturation des capacités hospitalières favorise le basculement vers la prise en charge à domicile et le suivi à distance (Remote Patient Monitoring). Secundo, le coût des complications aiguës pousse progressivement les systèmes de santé vers davantage de prévention, de personnalisation et de suivi en amont. L’intérêt des dispositifs augmente à mesure qu’ils ne se contentent plus de collecter des données mais les contextualisent grâce à des algorithmes capables d’identifier des anomalies ou des tendances. Tertio, l’extension progressive de la prise en charge de la télésurveillance médicale par les systèmes de santé crée un modèle économique pour les solutions répondant aux critères réglementaires et médico-économiques.

La chaîne de valeur associe fabricants de dispositifs, logiciels et plateformes de santé. Les modèles purement hardware restent exposés aux cycles de produits, à la concurrence et au coût d’acquisition des clients. Les modèles intégrant une couche logicielle ou un abonnement ajoutent des revenus récurrents et renforcent la fidélisation. Les dispositifs médicaux régulés forment une catégorie différente : leurs coûts de développement et leurs délais d’accès au marché sont plus élevés, mais l’homologation, les données cliniques et, le cas échéant, le remboursement constituent autant de barrières à l’entrée.

Les wearables grand public restent soumis à des cycles de renouvellement de produit courts, à l'usure de la batterie et à la versatilité des consommateurs. Comme le souligne l’excellent Martin Peers, le cimetière de la tech est plein de « gadgets » ayant connu un succès parfois fulgurant avant de retrouver des valorisations plus modestes : Peloton (vélos connectés) a vu son cours divisé par 30 depuis l’engouement observé pendant la pandémie, et GoPro a connu une chute encore plus spectaculaire. S’il n’est pas interdit de surfer sur la vague d’un de ces lancements, une exposition de long terme à la thématique semble davantage reposer sur les acteurs bénéficiant de barrières cliniques, réglementaires ou de remboursement que sur le seul succès d’un produit grand public.

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Cet article ne constitue pas une recommandation d’investissement sur les thèmes ou les titres mentionnés.