La bataille du réseau spatial

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La réouverture du détroit d’Ormuz par l’Iran conclut une semaine de détente géopolitique et entraîne une poursuite du rebond des marchés.

Le rachat de GlobalStar par Amazon illustre la bataille pour la couverture satellitaire et les fréquences radio, et s’inscrit plus globalement dans la course à l’indépendance stratégique dans les infrastructures de réseaux.

Macro 🔭

Aux Etats-Unis, les indicateurs d’activité de la semaine sont positifs (augmentation sensible du Philly Fed pour le quatrième mois d’affilée, moindre baisse de l’indice des services de la Fed de NY), à l’exception de l’indice NFIB de moral des PME, qui baisse significativement. Les données d’emploi sont également favorables : les créations d’emploi du secteur privé (ADP) augmentent de nouveau, et les nouvelles inscriptions au chômage baissent sensiblement. L’immobilier est en revanche toujours à la peine : les ventes de maisons existantes tutoient de nouveau des plus-bas de dix ans, tandis que leur prix continue d’augmenter du fait d’un stock insuffisant. Enfin, les prix à la production augmentent de 4%, une accélération notable par rapport à février, même si les marchés attendaient plus en raison du conflit. Le rebond d’inflation en cours se lit aussi dans l’augmentation des prix à l’importation et à l’exportation.

Dans la zone €, la production industrielle se contracte pour le deuxième mois d’affilée. Le compte-rendu de la réunion de politique monétaire de la BCE souligne que les anticipations d’inflation restent pour l’instant bien ancrées, ne justifiant pas de resserrement à court terme.

Au Japon, le climat des affaires baisse fortement en mars sur fond de hausse des prix de l’énergie et de disruption des chaînes d’approvisionnement.

En Chine, l’impact du conflit se reflète également dans les données cette semaine. Les exportations ralentissent fortement en mars, après la performance spectaculaire de février, tandis que les importations augmentent de 28%, tirées par la tech. La croissance des prêts continue à ralentir et le taux de chômage urbain remonte. La croissance du PIB au premier trimestre, à 5%, surprend néanmoins à la hausse.

Le rapport sur les perspectives de l’activité mondiale publié cette semaine par le FMI contraste avec l’ébullition des marchés. Dans un scénario de conflit contenu, qui à ce stade est probable, l’institution prévoit une croissance mondiale de 3,1% en 2026 (-0,2% par rapport à la prévision précédente) et 3,2% en 2027 (inchangé) et au-delà. Tout à fait honorable, mais en ralentissement sensible par rapport à la moyenne 2000-2019. L’inflation est attenue à 4,4% en 2026 et 3,7% en 2027. Sans la guerre, la prévision 2026 aurait été revue à la hausse.

Micro 🔬

Les résultats des grandes banques américaines bénéficient de la volatilité des marchés, enregistrant de nouveaux plus-hauts pour leurs activités de trading. Goldman Sachs diverge des autres banques par une performance négative sur le trading obligataire en raison d’une prise de risque excessive, et le titre est pénalisé, de même que Wells Fargo en raison d’une déception sur la marge d’intérêt et sur les commissions. Les établissements publient également leurs engagements dans des fonds de dette privée, qui s’élève à environ 100 Md$, une exposition assez modeste et qualifiée de non systémique par le DG de JP Morgan. Enfin, dans l’ensemble des banques, la qualité de crédit reste stable, même si les prêts non performants augmentent dans le crédit à la consommation.

La conférence Trailblazer de Salesforce, destinée aux développeurs, focalise sur AgentForce, l’initiative pour l’instant décevante de la société dans l’IA agentique. La société insiste également sur l’importance de la gestion de la donnée, les agents IA ne valant que par les données auxquelles ils ont accès.

Les résultats définitifs de TSMC, qui fabrique la plupart des puces, dont celles d’Nvidia, mettent en évidence un chiffre d’affaires en hausse de 40%. La demande liée à l’IA reste « extrêmement robuste » selon son DG. La société relève modestement ses objectifs de chiffre d’affaires pour l’année et avertit que le renchérissement des prix de l’énergie et de certains composants en raison du conflit en Iran pourrait peser sur ses marges.

A force d’encourager ses employés à utiliser l’IA (Claude Code en l’occurrence) au maximum, Uber a déjà dépensé l’intégralité du budget dédié pour l’année. Ce n’est pas anecdotique : que ce soit pour Claude ou pour les SaaS qui essaieraient de passer à une facturation à l’usage, le principal frein est l’incertitude des dirigeants sur la facture finale.

L’équipementier de semiconducteurs ASML enregistre un chiffre d’affaires en hausse de 13% au premier trimestre et relève ses objectifs annuels de 4%, mais communique des objectifs décevants pour le trimestre en cours. Le DG réitère néanmoins qu’il pense que l’offre ne satisfera pas la demande à horizon visible.

Les premiers impacts du conflit US-Iran se font sentir chez LVMH, où ils amputent la croissance organique de 1% au premier trimestre. Le groupe affiche donc une croissance organique de 1% et un chiffre d’affaires en baisse de 6% après prise en compte des effets devises. La plus forte progression est observée dans les divisions montres & joailleries et vins & spiritueux. Mêmes tendances chez Kering, qui affiche un chiffre d’affaires stable en organique, en baisse de 6% à taux de change courants. Comme chez LVMH, la joaillerie fait exception, tandis que la plus forte baisse est enregistrée par la division mode et maroquinerie, et au sein de la division par Gucci. De Meo présente aussi son plan ReconKering cette semaine : organisation simplifiée autour de quatre divisions soutenues par une plateforme commune pour accélérer les prises de décision, bilan assaini, redéfinition de la distribution (fermetures et rénovations de boutiques), meilleure gestion des stocks, baisse du nombre de références, concentration de l’effort marketing, et clarification de la marque Gucci. Rien à dire sur la stratégie, mais côté chiffres, on déplore des objectifs un peu vagues (croissance graduellement supérieure à celle du marché, doublement de la marge opérationnelle à « moyen terme »), probablement pour ne pas décevoir, et une année 2026 qui sera sans doute une année de transition. Enfin, Hermès chute lourdement aussi, sur la publication de ventes en hausse de près de 6% en organique (soit essentiellement la hausse des prix du trimestre), très en deçà des performances habituelles, en raison de l’impact du conflit en Iran mais également d’un ralentissement en Asie-Pacifique.

La minute innovation 🧚🏻

Le Chinois Unitree, dont le robot humanoïde H1 approche la vitesse de course d’Usain Bolt cette semaine, et qui lance la commercialisation à grande échelle du modèle R1 ces jours-ci, a vendu 5 500 robots en 2025, contre 150 pour chacun de ses concurrents, dont Tesla.

Anthropic aurait reçu des propositions de financement de plusieurs investisseurs sur une valorisation de 800 Md$ ou plus, soit plus de deux fois le montant atteint lors de la dernière levée, et envisagerait une introduction en bourse en octobre.

Selon une enquête approfondie du New York Times, Satoshi Nakamoto, le mystérieux créateur du Bitcoin, serait le cryptographe britannique Adam Back, inventeur en 1997 de Hashcash, un protocole similaire à celui du Bitcoin. Celui-ci nie toujours (le Financial Times l’avait « suspecté » dès 2016).

La bataille du réseau spatial 🛰️

Amazon annonce l’acquisition de Globalstar pour près de 12 Md$, marquant une accélération nette de sa stratégie dans les télécommunications spatiales et une concurrence plus frontale avec Starlink, désormais filiale de SpaceX. L’opération renforce Amazon Leo, anciennement Project Kuiper, sa constellation de satellites en orbite basse (LEO), destinée à fournir des services de connectivité à grande échelle, et s’inscrit dans une relation déjà établie avec Apple, qui détenait environ 20% de la cible. Globalstar n’apporte qu’une constellation limitée (une vingtaine de satellites) mais dispose d’actifs difficilement réplicables, en particulier des droits d’utilisation de fréquences radio au niveau international et une infrastructure déjà intégrée avec des acteurs mobiles.

Contrairement aux satellites géostationnaires (GEO), situés à plus de 35 000 km et caractérisés par une latence élevée, dont les usages sont limités à la diffusion télévisuelle et à l’internet fixe en zone rurale, les constellations LEO opèrent à des altitudes beaucoup plus basses et offrent des temps de réponse compatibles avec des usages haut débit et mobiles. À ce stade, SpaceX domine largement avec Starlink, qui dépasse les 10 000 satellites en orbite. Amazon reste en phase de montée en puissance avec un peu plus de 200 satellites déployés, très en retard sur la cible de 1 600 à la fin de l’année. Eutelsat, qui privilégie une approche hybride GEO/LEO, dispose avec OneWeb d’une constellation complète de première génération (plus de 600 satellites) et a annoncé 340 unités supplémentaires pour la deuxième génération. Les acteurs spécialisés dans les communications critiques, Iridium Communications et AST SpaceMobil, opèrent ou déploient une soixantaine de satellites.

Historiquement, les réseaux satellitaires reposaient sur des terminaux dédiés (antennes spécifiques, téléphones satellites). Le marché évolue désormais vers un modèle où un smartphone standard peut se connecter directement à un satellite en l’absence de réseau terrestre. Cette capacité, souvent désignée sous le terme de « direct-to-device » ou D2D, repose moins sur le nombre de satellites que sur la capacité à utiliser des fréquences compatibles avec les terminaux existants et autorisées dans un grand nombre de juridictions. D’où l’intérêt de GlobalStar, détenteur de licences mondiales pour le spectre en bande S (permettant la connexion directe entre satellite et téléphone standard sans ajout d’antenne externe).

Les dynamiques concurrentielles en 2026 reposent donc sur trois facteurs déterminants. Le premier est la capacité à connecter directement les smartphones, ce qui brouille la frontière entre réseaux terrestres et satellitaires et élargit considérablement le marché adressable. Le deuxième est l’accès aux fréquences radio, une ressource rare et régulée, dont la disponibilité conditionne concrètement le lancement de services commerciaux. Le troisième facteur est d’ordre géopolitique : l’Europe, avec IRIS, et la Chine, avec Guowang, développent leurs propres constellations afin de réduire leur dépendance aux infrastructures américaines. Enfin, cette densification de l’espace impose une gestion des débris orbitaux, le nombre de satellites en service devant franchir le cap des 15 000 d’ici 2027.

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