Destruction créatrice

Les perdants de l'IA

In partnership with

La semaine est marquée par de fortes divergences entre les marchés mondiaux : au Japon, la victoire de Sanae Takaichi aux législatives anticipées entraîne une forte hausse, tandis qu’aux Etats-Unis, un chiffre d’inflation étonnamment favorable ne suffit pas à compenser les craintes sur les « perdants de l’IA ».

De nouveaux secteurs sont pénalisés par les craintes liées à l’IA : sommes-nous entrés dans la troisième phase du cycle destruction créatrice ?

Macro 🔭

Aux Etats-Unis, le rapport sur l’emploi non agricole (NFP) surprend par sa vigueur en janvier, avec la création de 130 000 emplois et un taux de chômage qui tombe à 4,3%. A relativiser compte tenu de la révision à la baisse significative du nombre d’emplois créés par l’économie en 2025 : 181 000 (vs les 584 000 annoncés précédemment), un plus bas de vingt ans hors périodes de récession. Les inscriptions hebdomadaires au chômage confirment d’ailleurs la très graduelle dégradation de l’emploi, et les indicateurs de santé du consommateur restent mitigés : les ventes au détail sont par exemple décevantes en décembre. L’augmentation des prix à la consommation surprend encore une fois à la baisse : à 2,4% annualisé en janvier, force est de constater que les droits de douane ne se répercutent pas dans les prix; l’inflation bénéficie de la baisse des prix de l’énergie et des véhicules d’occasion.  Les ventes de logements dans l’ancien rechutent lourdement. Depuis trois ans, elles oscillent autour du niveau des premiers mois de la crise covid. La chambre des députés passe un décret pour annuler certains droits de douane envers le Canada. Il ne survivra pas au véto présidentiel mais met en évidence l’affaiblissement du pouvoir, puisque six républicains se sont alliés aux démocrates.

Dans la zone €, la semaine est assez pauvre en indicateurs. L’indice Sentix de confiance des investisseurs rebondit pour le troisième mois d’affilée. La balance commerciale se dégrade un peu mais reste positive avec un surplus de près de 13 Md€.

La coalition du premier ministre Sanae Takaichi remporte une confortable victoire lors des élections législatives au Japon, lui laissant les mains libres pour engager son stimulus budgétaire. Le gouvernement envisage de financer une partie des réformes fiscales par ses réserves de change.

Les régulateurs chinois auraient demandé aux banques de diminuer leur exposition aux obligations du Trésor américain, afin de poursuivre une diversification entamée il y a plus de dix ans, et qui ne fait plus de la Chine que le troisième créancier des Américains, derrière le UK et le Japon. L’inflation ralentit de nouveau en janvier en raison d’une baisse des prix de l’alimentation. Les prix des logements neufs, qui avaient montré des signes de stabilisation jusqu’à l’automne dernier, réaccélèrent à la baisse.

L’IEA révise à la baisse ses projections de demande de pétrole en 2026, mais anticipe quand même une augmentation par rapport à 2025. L’offre reste supérieure à la demande, et les stocks sont élevés.

Micro 🔬

Alphabet émet 32 Md$ d’obligations cette semaine, en dollars, en francs suisses et en GBP, dont une tranche d’1 Md£ à 100 ans, sursouscrite près de dix fois. C’est la première obligation à 100 ans émise par une valeur tech depuis l’ère dot.com : Motorola (1997) a perdu de sa splendeur mais paie toujours son coupon, alors que la chaîne de grands magasins JC Penney a fait faillite 23 ans après avoir émis la sienne.

TSMC, fournisseur d’Nvidia et d’Apple, publie un chiffre d’affaires en hausse de 37% en janvier. Applied Materials, le leader américain de l’équipement pour les semiconducteurs, communique des objectifs très optimistes, signalant lui aussi une forte demande pour l’intelligence artificielle et les semiconducteurs de mémoire.

Airbnb termine 2025 avec un chiffre d’affaires en hausse de 10%, et projette une accélération de sa croissance en 2026. La plus forte hausse des réservations vient de l’Inde, du Brésil et du Japon.

On n’entend plus tellement parler des droits de douane, mais c’est pourtant d’eux, et non de l’IA pour une fois, que le réseau social Pinterest est victime. Ses clients détaillants de mobilier doivent faire face à une hausse de leurs coûts d’approvisionnement, et réduisent leurs dépenses publicitaires pour compenser. Le titre perd plus de 20% cette semaine.

Ayant enfin retrouvé son prix de mars 2000, époque où, en tant que fournisseur des routeurs et commutateurs nécessaires à la construction de l’infrastructure physique du web, elle apparaissait comme incontournable, l’action Cisco perd près de 10% cette semaine en raison d’une marge en baisse au quatrième trimestre, et pour les prochains selon le management. La faute incombe notamment à la hausse des prix de la mémoire.

Le gestionnaire d’actifs américain Nuveen annonce l’acquisition de Schroders Plc pour 9,9 Md£, créant un géant de 2 500 Md$ d’encours, se positionnant environ à la dixième place mondiale.

En Europe, les valeurs de consommation offrent des publications contrastées. Le chiffre d’affaires de L’Oréal, en hausse de 6% hors effets devises et périmètre, déçoit le marché, entraînant une forte baisse du titre. En cause, le travel retail, en Asie notamment, qui pèse sur les ventes de la division Luxe du groupe. Kering, dont la trajectoire de chiffre d’affaires, bien que baissière, montre une inflexion au quatrième trimestre au niveau groupe et pour Gucci, est salué par le marché. Hermès publie de bons résultats, avec la régularité de métronome qui la caractérise.

Côté tech, c’est moins brillant : Dassault Systèmes s’effondre sur la publication d’un chiffre d’affaires en hausse de seulement 1% au dernier trimestre. Les objectifs 2026 ne sont pas très encourageants non plus (3 à 5% de croissance à changes constants), dans une période où tout ralentissement est scruté comme étant potentiellement dû à la disruption de l’IA.

La minute innovation 🧚🏻

Anthropic gagne la bataille des pubs du SuperBowl avec How do I communicate better with my mom, spot destiné à se moquer des publicités que diffuse désormais OpenAI dans la version gratuite de ChatGPT, et lève 30 Md$ sur une valorisation de 350 Md$ pre-money.

Ariane 6 met en orbite 32 satellites pour Amazon.

La dernière version du modèle de raisonnement Gemini 3 Deep Think, dévoilée cette semaine, écrase tous ses concurrents et remporte la médaille d’or des olympiades de physique chimie.

Les Chinois remportent une manche dans la génération de vidéos par IA avec Seedance 2.0, un modèle de ByteDance, propriétaire de TikTok, semble-t-il nettement supérieur aux autres (y compris Nano Banana Pro). A tester ici.

Environnement de marché trop complexe ? Si vous souhaitez creuser nos hypothèses et thèmes d’investissement, rendez-vous ici.

Destruction créatrice 🎳

L’IA joue les chiens dans un jeu de quilles. Cette semaine, c’est une toute petite société, auparavant spécialisée dans les machines de karaoké, qui entraîne une forte baisse du secteur de la logistique mondiale, de CH Robinson aux Etats-Unis à DHL ou Kuehne + Nagel en Europe. Algorhythm Holdings, auparavant nommée The Singing Machine Company, a pivoté récemment vers les technologies d’intelligence artificielle appliquées à la logistique, et déclaré cette semaine que sa plateforme SemiCab, un outil d’optimisation logistique à base d’IA fournissant une visibilité en temps réel sur la disponibilité des capacités de transport, permettait d’augmenter massivement le volume de fret traité. Ce qui pourrait tirer vers le bas les prix du secteur.

Les sociétés de services immobiliers (CBRE, Cushman & Wakefield etc.) font aussi partie des victimes de la semaine, sans catalyseur particulier. Les investisseurs font preuve d’une paranoïa aigüe envers tout secteur caractérisé par des honoraires élevés et une forte intensité de main d’œuvre, les considérant exposés à la disruption de l’IA.

Cette semaine également, le lancement par la fintech Altruist d’un outil permettant la création de stratégies fiscales en quelques minutes fait plonger les titres de gestion de fortune tels que Charles Schwab ou Raymond James aux Etats-Unis, ou Saint James Place et même UBS en Europe. Même sanction pour les courtiers en assurances (Willis Towers Watson, Aon par exemple) en raison d’une app, lancée début février par Insurify, qui utilise ChatGPT pour comparer les assurances auto.

La chute des cours des valeurs de SaaS la semaine dernière peut sembler exagérée, mais les prêts en difficulté (distressed loans) du secteur sont en forte hausse aux Etats-Unis selon Pitchbook. Les sociétés de private equity, de Thomas Bravo à Blackstone, communiquent pour rassurer sur la santé de leurs portefeuilles. Il ne fait aucun doute qu’il y ait des craintes exagérées, mais il faudra un certain temps pour les dissiper. Lorsqu’un logiciel se contente d’encapsuler une suite de tâches répétitives pour en sortir un livrable de type texte, tableau ou rapport, le risque de substitution par l’IA est élevé. Pour les logiciels très intégrés dans les process, faisant appel à de grandes quantités de données internes, de type CRM ou outils financiers, l’IA ne peut pas encore assurer la cohérence des données ni garantir la traçabilité, et pose plutôt un risque de perception de la valeur, et donc de prix. Quant aux logiciels qui traitent des données critiques et assurent une conformité réglementaire, ils ne seront probablement pas remplaçables avant longtemps.

La destruction créatrice théorisée par Schumpeter est un processus de mutation de l’économie provoqué par l’innovation, qui entraîne l’obsolescence et donc la destruction de certains secteurs, et la création de nouvelles activités plus productives qui stimulent la croissance économique à long terme. Il semble que nous entrions dans la troisième phase du cans le cycle innovation, diffusion, destruction, restructuration. Plus de la moitié des IPOs de l’année aux Etats-Unis traitent au-dessous de leur cours d’introduction selon BBG et, des fintechs brésiliennes au broker Clear Street, qui après avoir réduit sa levée cible des deux tiers décide finalement de reporter son IPO, de nombreuses sociétés sont contraintes de repousser leur entrée en bourse.

Better prompts. Better AI output.

AI gets smarter when your input is complete. Wispr Flow helps you think out loud and capture full context by voice, then turns that speech into a clean, structured prompt you can paste into ChatGPT, Claude, or any assistant. No more chopping up thoughts into typed paragraphs. Preserve constraints, examples, edge cases, and tone by speaking them once. The result is faster iteration, more precise outputs, and less time re-prompting. Try Wispr Flow for AI or see a 30-second demo.

Cet article ne constitue pas une recommandation d’investissement sur les thèmes ou les titres mentionnés.