L’Europe a les moyens de ses ambitions

Souveraineté

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La stabilisation des taux longs en fin de semaine sur fonds de baisse du pétrole, ainsi que des indicateurs d’activité favorables de part et d’autre de l’Atlantique, permettent aux marchés de rebondir.

Enquête de la BCE sur le patrimoine des ménages : aurions-nous les moyens de financer l’avenir de l’Europe ?

Macro 🔭

Aux Etats-Unis, le PMI composite de septembre surprend notablement à la hausse, marquant la plus forte expansion de l’activité privée depuis le rebond post-covid, grâce à ses deux composantes, manufacturier et services. Les données d’emploi de la semaine sont également bien orientées (enquêtes ADP, inscriptions hebdomadaires au chômage). En revanche, sans surprise, les indicateurs immobiliers sont globalement assez médiocres, alors que les taux hypothécaires repassent au-dessus de 7%. L’indice de confiance de l’université du Michigan reste faible, en raison notamment de l’inflation. Reflet de l’époque, probablement généralisable à une grande partie du monde occidental : selon l’édition 2026 d’un sondage Gallup en vogue depuis 1979, seuls 27% de la population ont vraiment confiance dans les institutions de leur pays (14 institutions sont notées, de l’église à l’armée en passant par la Cour suprême, les entreprises ou le système de santé).

Dans la zone €, la confiance du consommateur repart à la baisse après quatre mois d’amélioration (modeste). En revanche, le PMI composite marque un troisième mois d’expansion de l’activité, au rythme le plus rapide des trois dernières années. C’est vrai pour le manufacturier comme pour les services, et dû notamment à l’Allemagne et, une fois n’est pas coutume, à la France, qui enregistre une croissance pour la première fois en dix mois. Martin Kocher, patron de la banque centrale autrichienne et membre du conseil des gouverneurs de la BCE, déclare que l’économie européenne est plus résiliente que prévu. L’institut de recherche économique allemand IFO double pour sa part ses projections de croissance pour son économie domestique, de 0,6 à 1,3%, alors que sa mesure d’optimisme des entreprises fait un bond cette semaine.

Au Japon, le PMI composite de septembre, bien qu’en retrait, reflète un optimisme marqué sur la situation économique. Lors d’un rendez-vous avec le premier ministre Sanae Takaichi à New York, Trump s’inquiète de la faiblesse du JPY, faisant anticiper aux marchés une nouvelle intervention conjointe sur la devise.

En Chine, la semaine est consacrée à la visite de Xi aux Etats-Unis. Le dirigeant chinois n’est pas accompagné des grandes sociétés domestiques, et les moyens déployés par son hôte ne semblent pas l’émouvoir outre-mesure. Bilan : deux mois d’extension de la trêve dans le conflit sur les taxes à l’importation, et deux pandas pour le zoo d’Atlanta. 2-0 pour Xi ?

Micro 🔬

Le taux moyen sur la dette publique mondiale approche désormais de 4%, un niveau pas atteint depuis 2007.

Grâce à la hausse du prix du pétrole, les véhicules électriques voient leurs ventes augmenter de plus de 50% et représentent 29% des immatriculations européennes en août.

Softbank lève 11 Md$ de dette, une des plus importantes émissions de dette junk (obligation à haut rendement) jamais réalisée, Numericable (Altice) détenant le précédent record. L’argent servira notamment à financer un nouvel investissement dans OpenAI. La rémunération attractive (de 8 à 10% pour des maturités allant de 3,5 à 5,5 ans) a permis à l’opération d’être sursouscrite à hauteur de 30 Md$.

Oracle invoque la force majeure pour se prémunir contre un retard du datacenter Jupiter, en construction au Nouveau Mexique, afin de pouvoir reporter une partie de ses paiements si le site n’entre pas en service en 2028 comme prévu. Intégré au programme Stargate lancé au début du deuxième mandat de Donald Trump par OpenAI, SoftBank, Oracle et leurs partenaires, le projet a notamment rencontré des difficultés pour sécuriser son alimentation énergétique et fait face à des recours concernant certains permis. Le CDS à cinq ans d’Oracle, qui mesure le coût de la protection contre un défaut de sa dette, a atteint cette semaine un record de 222 points de base. Blue Owl Capital, propriétaire du développeur du projet, a investi environ 3 Md$ de fonds propres dans Jupiter, parallèlement à 18 Md$ de prêts apportés par un consortium bancaire.

Ce cas illustre l’attention croissante portée au financement de ces infrastructures très capitalistiques.  la Financial Services Agency a annoncé cette semaine qu’elle examinerait plus étroitement l’exposition et la gestion des risques des grandes banques et compagnies d’assurance-vie qui financent des datacenters, principalement aux États-Unis.

Toujours dans la dette privée, le gestionnaire d’actifs alternatifs Ares Management limite les rachats d’un fonds aux 5% prévus par le prospectus pour le troisième trimestre d’affilée. Les demandes de rachat semblent néanmoins ralentir : 13,1% des parts ce trimestre contre 14,4% au trimestre précédent. Même tendance chez Apollo cette semaine également (14,7% contre 16,8% au trimestre précédent), comme chez BlackRock ou Morgan Stanley plus tôt en septembre. Blue Owl publie la semaine prochaine.

Le fabricant chinois de semiconducteurs de mémoire vive (DRAM) CXMT, récemment introduit en bourse, annonce que sa plateforme de cinquième génération entre en production. Elle est destinée à concurrencer Samsung, SK Hynix et Micron Technology.

La minute innovation 🧚🏻

Muse, l’IA de Meta, est le succès de cette rentrée avec 3,4 millions de téléchargements depuis son lancement le 8 septembre (aux Etats-Unis et au Canada pour l’instant), dont quasiment un million cette semaine, avant même l’événement Meta Connect de jeudi où, au-delà des 100 modèles de lunettes IA et des nouvelles lunettes de réalité virtuelle, a été dévoilé Muse Charm. Sorte de Tamagotchi transportable dans une poche ou en pendentif de sac, le dispositif prend les instructions destinées à l’agent IA directement, sans qu’il y ait besoin d’un téléphone ou de lunettes connectées. Il devrait sortir à Noël, et Bloomberg le compare à l’ipod. Bringing your muse to life.

Bentley sort son premier nouveau modèle en dix ans. Nommé Torcal, il est électrique.

L’Europe a les moyens de ses ambitions

La BCE a comparé les enquêtes sur le patrimoine et les placements des ménages réalisées dans la zone € et aux Etats-Unis, et les différences sont frappantes : les ménages européens détiennent environ 30% de leur épargne sous forme de dépôts bancaires, peu ou pas rémunérés, quand pour les Américains c’est 11%. Les deux tiers des ménages américains appartenant au quintile le plus aisé détiennent des instruments financiers (obligations, actions, fonds), contre 45% pour la même catégorie de ménages européens. Plus de 60 % des ménages de la zone euro appartiennent par ailleurs à un profil dont le patrimoine est dominé par l’immobilier, et environ 25 % à un profil dominé par les dépôts bancaires. Au total, près de 80 % des ménages ne détiennent ni actions ni autres instruments financiers de marché.

Des enquêtes complémentaires mettent en évidence que l’absence d’investissement dans les marchés financiers est liée aux contraintes financières, bien entendu, mais pour ceux qui ont les moyens d’investir, d’abord à la perception du risque, puis au manque de confiance et au manque de connaissances financières. L’étude est ici, les idées d’investissement là (on travaille sur quelques nouveautés pour la fin de l’année), et pour améliorer vos connaissances vous pouvez tester notre formation !

Selon le rapport de Mario Draghi sur l’avenir de la compétitivité européenne publié en 2024, l'Union européenne doit mobiliser entre 750 et 800 Md€ d’investissements supplémentaires par an pour combler son décrochage stratégique, technologique et sécuritaire face aux États-Unis et à la Chine. Une large part des besoins concerne la décarbonation et les infrastructures énergétiques : modernisation et interconnexion des réseaux électriques continentaux, déploiement des énergies renouvelables et du nucléaire bas-carbone, montée en échelle de l'hydrogène propre et décarbonation des industries lourdes telles que la chimie, l’acier et le ciment.

Viennent ensuite l’innovation de rupture et les technologies numériques, pour lesquels le rapport évalue les besoins à 150 à 300 Md€ par an : infrastructures d'intelligence artificielle, couverture haut débit et connectivité 5G/6G, supercalculateurs et technologies quantiques, et renforcement de l'écosystème de semi-conducteurs initié par l'UE Chips Act. Le chiffre ne semble pas excessif au regard du retard pris dans le domaine (notamment dans la fibre, les semiconducteurs et les capacités de calcul selon la Commission). De même, les 50 Md€ de besoins évoqués pour la défense et la sécurité collective peuvent sembler sous-évalués. Au-delà de ces besoins d’investissement chiffrés, Draghi identifie également comme priorité stratégique la réduction des dépendances extérieures, notamment en sécurisant les approvisionnements en matières premières critiques et certaines chaînes de valeur industrielles.

A l’heure où l’Europe doit trouver des fonds pour financer sa souveraineté au sens large, l’étude citée en préambule souligne l’ampleur du réservoir d’épargne disponible : près de 10 000 Md€ (sic) d’épargne sont affectés à des dépôts peu ou pas rémunérés. En orienter une fraction vers des investissements productifs pourrait à la fois accroître les rendements à long terme des ménages et contribuer au financement des besoins européens. Ce serait également une manière de faire davantage participer le patrimoine accumulé aujourd’hui au financement de l’économie de demain, plutôt que de faire reposer celui-ci uniquement sur les contribuables futurs.

Encore faut-il créer les canaux permettant à cette épargne de circuler. C’est précisément l’objectif de l’Union de l’épargne et des investissements, qui vise notamment à réduire la fragmentation des marchés de capitaux européens et à orienter davantage l’épargne vers le financement des entreprises et de l’innovation. On pourrait y ajouter la mise en place d’une retraite par capitalisation dans les pays, France en tête, où elle reste marginale : aux États-Unis, les fonds de pension publics et privés représentent, directement ou via les fonds dans lesquels ils investissent, de l’ordre de 16 % du marché actions et 13 % du marché des obligations d’entreprises. Dans la zone euro, leur poids n’est que de l’ordre de 5 à 6 % de la capitalisation boursière.

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Cet article ne constitue pas une recommandation d’investissement sur les thèmes ou les titres mentionnés.