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Partage de la valeur
Scénarios économiques d'Anthropic

Malgré la volatilité causée par OpenAI en milieu de semaine et des rendements obligataires toujours élevés, les marchés américains et asiatiques bénéficient de la résilience des valeurs technologiques, tandis que l’indice brésilien caracole en tête et que les places européennes restent sous pression.
Que dit Anthropic de l’évolution future de l’économie et du travail ?
Macro 🔭
Aux Etats-Unis, la balance commerciale affiche un nouveau déficit marqué. Trump annonce qu’il n’attaquera pas l’Iran avant les élections de mi-mandat ; pas vraiment une surprise dans un contexte où la hausse du prix du baril est déjà en passe de lui coûter la majorité dans les deux chambres. L’indice d’optimisme économique RealClearMarkets/TIPP montre une nouvelle amélioration. Les inscriptions au chômage restent très contenues, mais l’indice de sentiment des consommateurs (Michigan) baisse encore en raison des préoccupations sur l’inflation, en particulier chez les ménages à faibles revenus et détenant peu d’actions.
Dans la zone €, les prix à la production progressent de plus de 8% (3,1% hors énergie). L’activité dans la construction reste atone, la France enregistrant la plus forte contraction. La France paie désormais 0,3% de plus que l’Italie pour emprunter à 10 ans, du jamais vu depuis la création de l’euro. L’UE passe un accord avec la Chine pour qu’elle limite ses exportations de véhicules hybrides.
Au Japon, l’indice Tankan de sentiment dans l’industrie atteint un plus-haut depuis 2021, l’indicateur économique avancé un plus-haut depuis 2014. Même conclusion optimiste de l’enquête Eco Watchers.
En Chine, les premiers bilans de la Golden Week mettent en évidence un tourisme intérieur dynamique mais des dépenses en baisse. Reuters signale notamment un net ralentissement du trafic dans les centres commerciaux, qui devrait encore affecter les résultats des groupes de luxe.
Au Brésil, l’inflation repart à la hausse en septembre à 4,58%. Le PMI composite signale une contraction de l’économie pour le troisième mois d’affilée. Les marchés poursuivent leur envolée, portés par l’avance de Flavio Bolsonaro au premier tour des élections.
L'Agence internationale de l'énergie (AIE) se dite prête à coordonner la libération de réserves stratégiques supplémentaires de pétrole et de diesel si la situation de marché l'exige.
Micro 🔬
Les semiconducteurs et plus globalement les intervenants de l’IA sont pénalisés jeudi par des prises de bénéfices sur les semiconducteurs après que le Financial Times a dévoilé un chiffre d’affaires annualisé (ARR) de 50 Md$ pour OpenAI, inférieur aux 70 Md$ précédemment évoqués dans la presse. Pas tout à fait inattendu compte tenu du report de l’IPO, mais de nature à remettre sur le tapis les doutes sur le ROI des investissements dans l’IA. OpenAI déclare le lendemain projeter d’atteindre les 70 Md$ en fin d’année.
Schneider Electric est lourdement pénalisé par l’annonce de l’acquisition de l’Américain PTC Inc pour plus de 20 Md€, qui a pour but de renforcer son pôle logiciel industriel (numérisation des usines) mais se fait à un prix élevé (42% de prime, plus de 20x l’EBITDA), entraîne peu de synergies de coûts, et implique une augmentation de capital et une dégradation du bilan de la société.
SpaceX conclut un accord (soumis à l’accord du régulateur) pour acquérir un portefeuille de licences 800 MHz couvrant l’ensemble des États-Unis, afin d’améliorer la couverture et la pénétration en intérieur de Starlink Mobile. L’annonce pénalise les titres des opérateurs téléphoniques, qui seraient affectés par ce nouveau concurrent. Par ailleurs, la société serait en pourparlers avec des banques et des investisseurs (dont Apollo et PIMCO) pour lever 40 Md$ afin d’acheter des puces Nvidia. Selon Bloomberg, les projets d’infrastructure IA représentent près de 6% des émissions obligataires à date, trois fois le montant émis en 2025.
Les besoins de financement astronomiques de l’intelligence artificielle (on parle cette semaine d’émissions de dette envisagées pour un montant de 100 Md$ pour SpaceX et Oracle) agitent le marché du crédit, qui évalue cette semaine la probabilité de défaut à cinq ans d’Oracle à 20%, de SpaceX à 16%, et de Nvidia à 7%. Cela se compare avec un historique de défaut selon S&P pour leur catégorie (dette investment grade ou de qualité) de 0 à 1% par an depuis 1984 (selon la qualité de la notation), et un maximum observé de 7,7% à cinq ans pour la plus mauvaise notation de l’IG (BBB), celle d’Oracle.
TSMC publie un chiffre d’affaires en hausse de 39% au troisième trimestre, une croissance en ligne avec celle du trimestre précédent (qui marquait une forte accélération).
Samsung annonce attendre pour sa publication du troisième trimestre des résultats multipliés par 9. Bien que les fabricants de semiconducteurs de mémoire déclarent ne pouvoir fournir la demande avant 2028, le titre a perdu 25% depuis ses plus-hauts en raison des doutes des investisseurs sur la durabilité de la tendance.
La minute innovation 🧚🏻
Neuralink montre comment le pré-entraînement de ses modèles sur 50 000 heures de données cérébrales non annotées permet de décoder les signaux neuronaux durablement, sans recalibrage quotidien, tout en atteignant un nouveau record de performance.
Biohub, l’organisation de recherche biomédicale fondée par Mark Zuckerberg et Priscilla Chan, annonce l’extension de sa Virtual Biology Initiative, avec près de 1,8 Md$ mobilisés avec le gouvernement américain, Google DeepMind, Isomorphic Labs et Meta. L’objectif est de produire à très grande échelle des données biologiques standardisées sur la réaction des cellules à différents environnements et perturbations, afin d’entraîner des modèles capables d’en prédire le comportement, jusqu’à créer des « cellules virtuelles » permettant de tester certaines hypothèses ou candidats médicaments avant le laboratoire. Le projet résoudrait l’un des principaux problèmes de l’IA en biologie, le manque de données massives, homogènes et directement exploitables pour l’apprentissage automatique.
Devant l’inquiétude généralisée sur les risques liés aux intelligences artificielles, un associé de la société Slow Ventures propose que le gouvernement américain impose aux sociétés d’IA de mettre 1 000 Md$ en garantie, afin de couvrir les éventuels dégâts causés à la société.
Le partage de la valeur 🍰
Cette semaine, on se penche sur les scénarios économiques d’Anthropic. Vous les trouverez ici, avec la possibilité de jouer avec le modèle en formulant vos propres hypothèses. Parmi tous les futurs possibles, la société teste trois scénarios, dépendant des avancées dans les capacités de l’intelligence artificielle, et de la façon dont les industries et les travailleurs s’y adaptent. Dans le scénario qualifié de modeste, l’impact de l’IA reste dans la norme de celui des nouvelles technologies, dont internet, et se manifeste graduellement. La croissance annuelle du PIB reste un peu supérieure à 2% et le marché du travail n’est modifié qu’à la marge.
Dans ce qu’elle nomme le scénario substantiel, l’IA est capable de faire la moitié du travail intellectuel d’ici 2030, sans pour autant être adoptée dans les mêmes proportions, et l’économie croît à un rythme deux fois plus élevé que la normale, la croissance du PIB dépassant 5% en 2030. Le taux de chômage reste faible (inférieur à 5%), le taux d’emploi des professions intellectuelles baisse au profit des autres, et les salaires des travailleurs du savoir stagnent, tandis que ceux des autres catégories de travailleurs sont revalorisés. On peut en illustrer le mécanisme par un exemple : une IA capable de produire plus rapidement plans, calculs, ou dossiers administratifs peut permettre de multiplier les projets de construction, et donc accroître la demande de travail physique. De quoi prendre le recul français dans les classements PISA avec philosophie (pas facile, je sais) : dans ce monde-là, les professions cognitives ne sont plus forcément les mieux placées. 🙊
Enfin, le scénario extrême modélise une IA plus productive que les humains dans la majorité des tâches intellectuelles, capable de les effectuer presque toutes de manière autonome, et rapidement adoptée par les entreprises. Le PIB américain voit sa croissance accélérer significativement, jusqu’à atteindre 15% en 2030. Près de 15% des travailleurs cognitifs doivent se reconvertir, et les salaires de ces professions baissent fortement, tandis que les autres travailleurs voient leurs opportunités et leurs salaires augmenter fortement. La société est beaucoup plus riche, mais le taux de chômage dépasse celui atteint dans les récessions type pour atteindre près de 12% en 2030.
C’est peut-être là que se trouve le résultat le plus intéressant de l’exercice. Aujourd’hui, dans le calibrage du modèle, environ 60 % du revenu produit par l’économie rémunère le travail et 40 % le capital. Dans le scénario modeste, cet équilibre change peu. Dans le scénario substantiel, la part du travail tombe à 56% et celle du capital monte à 44%. Dans le scénario extrême, le basculement est spectaculaire : seulement 45% du revenu revient au travail, contre 55% au capital.
La société a aussi sondé près de 11 000 américains en août sur leurs attentes concernant les capacités de l’IA, son adoption et la capacité des travailleurs à changer de métier. Leurs réponses médianes aboutissent à un futur proche du scénario de changement substantiel : un PIB environ 10% supérieur en 2030 à ce qu’il aurait été sans IA et un chômage autour de 5%. Environ 10% des répondants formulent des hypothèses correspondant plutôt au scénario extrême.
Tout ceci reste un exercice de modélisation, pas une prévision. Le modèle laisse notamment de côté les réactions de politique économique, le cycle, certains effets sur la demande et d’éventuelles perturbations financières ; plusieurs économistes consultés par Anthropic contestent également l’idée que les professions les plus exposées à l’IA diminueraient nécessairement. Reste que si l’IA tient une partie de ses promesses, le problème économique ne sera peut-être pas seulement de savoir combien d’emplois elle remplace. Il sera aussi de déterminer qui possède les actifs qui captent ses gains de productivité. Dans les scénarios les plus transformateurs d’Anthropic, le gâteau grossit fortement, mais la part qui revient au capital grossit encore davantage.
Si le thème souveraineté (cf cette édition) vous intéresse, certains fonds cotés et non cotés sont accessibles dans les Plans Epargne Retraite de Generali et CNP. Renseignements accessibles en répondant à cet email.
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Cet article ne constitue pas une recommandation d’investissement sur les thèmes ou les titres mentionnés.

