Mythos Moment

Technologie et souveraineté

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L'annonce d'un accord de cessez-le-feu américano-iranien, permettant la réouverture du détroit d'Hormuz et la détente des prix du pétrole, porte les marchés cette semaine, à l’exception de la Chine, pénalisée par des données négatives sur la consommation et l’investissement.

Le blocage de Mythos et Fable par l’administration américaine illustre le risque posé par la dépendance technologique européenne.

Macro 🔭

Aux Etats-Unis, les indicateurs d’activité de la semaine sont plutôt bien orientés (Philly Fed, production industrielle, ventes au détail), et les données d’emploi ne montrent pas d’inflexion majeure. L’indice NAHB de sentiment des promoteurs immobiliers repart à la baisse, de même que les mises en chantier. Le premier comité du nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, donne lieu à un communiqué beaucoup plus court que d’ordinaire, en ligne avec son souhait de diminuer les informations transmises par l’institution, et notamment de cesser de donner des projections sur l’évolution des taux. Le principal message est que la Fed ne tolèrera pas l’inflation. La moitié des membres du comité anticipe une hausse de taux avant la fin de l’année. L’annonce a pour effet de rassurer les marchés sur l’indépendance de la Fed, que son président lance par ailleurs dans un grand chantier de réformes, et de peser sur les obligations d’Etat. Enfin, l’accord entre les Etats-Unis et l’Iran amorce une détente sur les prix du pétrole, au prix de concessions très coûteuses à tous points de vue envers l’Iran.

Dans la zone €, l’indicateur de sentiment économique ZEW remonte fortement en juin, porté par les espoirs de résolution du conflit au Moyen-Orient. La production industrielle amorce aussi un redressement. Le taux d’inflation final pour mai est de 3,2%. Tibi III est annoncé à Vivatech : cette initiative de financement public-privé, lancée en 2020 pour l’investissement dans la tech en France, a été quelque peu dévoyée ; plus de la moitié des quelque 15 Md€ investis à date, dont 40% en fonds publics (BPI et CDC), ont été investis hors de France, dont 10% au Royaume-Uni et le même montant aux Etats-Unis. Le volet coté en particulier, destiné à soutenir les introductions en bourse en France, a abondé des fonds globaux investis aux deux tiers aux US. A mettre en parallèle avec le dernier paragraphe de cette édition.

La Banque du Japon passe ses taux directeurs à 1%, un plus-haut de trente ans, et annonce une réduction de ses achats de titres. Les commentaires du ministre des Finances sur une intervention potentielle pour défendre le yen sont ignorés par les marchés. L’indice Tankan de juin est bien orienté.

En Chine, à l’exception de la réaccélération de la production industrielle après la déception d’avril, les données ne sont pas très encourageantes : les ventes au détail baissent en mai pour la première fois depuis fin 2022, en raison notamment de ventes de voitures et d’équipements pour la maison en baisse de plus de 15%, et l’investissement en capital fixe déçoit, se contractant notamment en raison d’une forte baisse des investissements immobiliers.

Micro 🔬

Le software contre-attaque : Microsoft, Alphabet, Salesforce, Snowflake, ServiceNow et quelques autres s’associent à Hugging Face et Databricks pour proposer un protocole nommé Agentic Resource Discovery. Ce standard permettrait aux employés d’une société d’accéder à l’IA à partir de n’importe laquelle des apps auxquelles leur société est abonnée. Un one-stop-shop dans un environnement contrôlé.

Tim Cook déclare au Wall Street Journal qu’Apple envisage des hausses de prix pour compenser la hausse des coûts de mémoire et de stockage. Trump annonce que la marque à la pomme travaillera avec Intel à la conception et à la production de puces aux Etats-Unis, information déjà évoquée par la presse en mai mais non confirmée par les deux sociétés.

Accenture blâme le conflit avec l’Iran pour le profit warning qui fait décrocher son titre de 17%. Les contrats avec le gouvernement américain sont inférieurs aux attentes du groupe, la verticale automobile est sous pression, et il semble que le les budgets informatiques privilégient l’intelligence artificielle au détriment des intégrations logicielles et autres projets discrétionnaires, tandis qu’une partie des tâches de conseil sont peut-être désormais déléguées à des LLM. L’objectif de croissance de chiffre d’affaires passe de 3-5 à 3-4%. Le groupe annonce par ailleurs annonce 4,18 Md$ d’acquisitions dans la cybersécurité industrielle.

SpaceX préparerait une émission obligataire de 20 Md$ pour refinancer un prêt, sans doute le premier d’une longue série de refinancements.

Nvidia effectue également une levée obligataire de 25 Md$, très largement sursouscrite.

BMW fait un profit warning en raison du nouvel accès de faiblesse du marché automobile chinois et de l’impact sur les coûts du conflit entre les Etats-Unis et l’Iran. La société prévoit une marge opérationnelle comprise entre 1 et 3% pour sa division automobile cette année.

AI Agents Are Reading Your Docs. Are You Ready?

Last month, 48% of visitors to documentation sites across Mintlify were AI agents, not humans.

Claude Code, Cursor, and other coding agents are becoming the actual customers reading your docs. And they read everything.

This changes what good documentation means. Humans skim and forgive gaps. Agents methodically check every endpoint, read every guide, and compare you against alternatives with zero fatigue.

Your docs aren't just helping users anymore. They're your product's first interview with the machines deciding whether to recommend you.

That means: clear schema markup so agents can parse your content, real benchmarks instead of marketing fluff, open endpoints agents can actually test, and honest comparisons that emphasize strengths without hype.

Mintlify powers documentation for over 20,000 companies, reaching 100M+ people every year. We just raised a $45M Series B led by @a16z and @SalesforceVC to build the knowledge layer for the agent era.

La minute innovation 🧚🏻

Selon une enquête de Pew Research, plus de la moitié des adultes américains utilisent l’IA, un quart quotidiennement. Ils sont pourtant beaucoup plus nombreux à penser que la technologie a un impact négatif sur la société, voire sur eux, que l’inverse, et les moins de 30 ans sont particulièrement inquiets.

Une étude d’Anthropic portant sur 400 000 sessions avec Claude confirme ce que Perplexity et Harvard avaient déjà montré : la valeur des agents IA dépend plus de l’expertise du domaine de ceux qui les utilisent que des modèles eux-mêmes.

Midjourney passe de la génération d’images au scan médical. La société ambitionne de lancer des spas donnant accès à son dispositif de scan de l’intégralité du corps humain en 60 secondes à partir de fin 2027. Pour l’instant, il n’y a qu’un prototype testé sur 12 personnes (en 20 minutes), sans données sur la fiabilité des données obtenues et sur leur valeur diagnostique. Un peu court pour valider le pivot, mais l’idée est séduisante.

Mythos Moment

Le 12 juin, la Maison Blanche a imposé à Anthropic de demander une autorisation du gouvernement avant d’exporter ses modèles Mythos 5 et Fable 5 (lancé trois jours plus tôt) ou d’y donner accès à tout ressortissant étranger, y compris aux Etats-Unis et y compris parmi ses salariés, via une lettre du secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, menaçant la société de procédures civiles et pénales. Anthropic a pris alors la décision de bloquer intégralement l’accès aux deux modèles. Pour mémoire, la société avait restreint l’accès de Mythos, jugé trop doué pour trouver et exploiter des failles de sécurité dans les systèmes IT (il en aurait détecté plus de 10 000 en quelques semaines, dans des logiciels et des systèmes d’exploitation largement utilisés), à 200 organisations publiques et privées dans le monde, et lancé une version moins « dangereuse », Fable, pour le grand public.

Fable et Mythos reposent sur le même modèle, mais Mythos réservait certaines capacités sensibles à des utilisateurs autorisés, tandis que Fable redirigeait les requêtes à risque (cybersécurité, chimie, biologie en particulier) vers un modèle moins puissant, Opus 4.8. Cette architecture montre que, dans l’IA de frontière (les grands LLM), la performance dépend désormais autant du modèle que de l’identité, de la localisation et des droits accordés à l’utilisateur.

Le 19 juin, Donald Trump a indiqué que les discussions avec Anthropic avaient permis de répondre à une partie des inquiétudes de l’administration. En revanche, la directive du 12 juin n’était pas publiquement levée et Fable 5 comme Mythos 5 restaient désactivés. Que l’administration américaine fasse machine arrière ou pas, le risque est désormais en pleine lumière. Alors que les modèles d’IA commencent à être intégrés dans de nombreux processus des entreprises, qui deviennent ainsi dépendantes de leur fournisseur, cet événement révèle qu’au-delà des risques classiques de cette dépendance (défaillance technique, du prestataire, augmentations de prix incontrôlées, obsolescence), elles doivent faire face à un risque de juridiction. Et que le bouton d’arrêt peut être activé, même par un pays allié, sans préavis. Ce qui est vrai pour l’intelligence artificielle l’est aussi pour le cloud, voire les logiciels et les systèmes d’exploitation, même si pour ces derniers il serait plus difficile pour le gouvernement d’invoquer la sécurité nationale.

La solution passe par le recours à des logiciels d’orchestration permettant de passer d’un modèle à l’autre ou à des modèles open source installés en local, et à des clouds locaux. Les modèles n’étant pas parfaitement interchangeables (ils répondent différemment aux instructions, n’utilisent pas tous les mêmes outils, et nécessitent des réglages et des contrôles spécifiques), la véritable protection réside également dans la capacité à créer une architecture résiliente en rendant possible la substitution d’un modèle par un autre. La souveraineté peut être juridique (dépendance d’une juridiction maîtrisée), opérationnelle (fournisseur interchangeable) ou technique (maîtrise intégrale du modèle et de son hébergement).

Les remous géopolitiques récents ont mis en lumière un certain nombre de points de passage, ou chokepoints, dont le contrôle permet d’exercer un levier : terres rares ou détroit d’Ormuz par exemple, et désormais l’IA. A ce jeu, la Chine et les Etats-Unis sont très en avance sur l’Europe. Même si les déclarations faites au G7 par les Européens ne semblent pas à la hauteur de l’enjeu, on peut espérer que Mythos provoque un sursaut.

La souveraineté, on aimerait que ce ne soit pas un vœu pieux, mais les opportunités d’investissement ne sont pas si nombreuses, et ne rencontrent pas nécessairement leur public (c’est vrai des fonds défense notamment). Pour quelques idées, contactez-nous par retour d’email, ou rendez-vous sur vifargent.io pour ceux d’entre vous qui ont déjà répondu à nos questionnaires.

Cet article ne constitue pas une recommandation d’investissement sur les thèmes ou les titres mentionnés.