Recomposition progressive des marchés mondiaux

Accord UE-Mercosur

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La semaine est mitigée pour les indices américains, dominés par les menaces sur l’indépendance de la Fed et des résultats bancaires en demi-teinte, négative pour le CAC 40, et plus robuste en Asie où le thème technologique prend le dessus.

Après les droits de douane de Trump, la carte du commerce mondial continue à évoluer avec l’accord UE-Mercosur.

Macro 🔭

Aux Etats-Unis, Jerome Powell, mis en cause par le DoJ, se fend d’une déclaration dénonçant les menaces du président dans une vidéo qui devient virale. Treize anciens officiels de la Fed, dont ses précédents présidents Bernanke, Yellen et Greenspan, publient un communiqué de soutien, de même que la BCE, la BOE et la Banque du Canada. A part ça, l’optimisme repart un peu dans les PME, l’inflation est stable (2,7%) grâce au ralentissement des prix de l’énergie, les demandes de prêts hypothécaires explosent la deuxième semaine de janvier alors que les taux à 30 ans se rapprochent de 6%, et les ventes de logements existants accélèrent en décembre. Les nouvelles inscriptions au chômage baissent un peu, et le marché de l’emploi reste sur sa tendance low firing, low hiring. Un accord avec Taiwan baisse les droits de douane en échange d’investissements massifs du pays dans la production de puces sur le sol américain ; à l’issue de quoi la Chine pourra faire ce qu’elle veut du territoire ?

L’excédent commercial européen surprend largement à la baisse, les exportations diminuant de plus de 3% (-20% pour celles vers les Etats-Unis), les importations de 1% (-7% en provenance des Etats-Unis, +4% de la Chine). La production industrielle (novembre) accélère. L’indice Sentix de confiance des investisseurs, négatif quasiment sans interruption depuis près de 4 ans, montre une nette amélioration.  

Au Japon, l’enquête Economy Watchers signale un tassement sur les conditions actuelles, tandis que mes agents économiques restent positifs sur le futur, ce que confirme l’accélération de la croissance des prêts. L’indice Tankan (manufacturier) enregistre néanmoins une baisse. Les taux poursuivent leur remontée et se rapprochent du seuil qui remet en question le carry trade.

Les exportations chinoises sont toujours en pleine forme (+6,6% en décembre), malgré la baisse de 30% des exporation vers les Etats-Unis, et les importations augmentent fortement.

Selon une étude de la BCE, les frictions sur le commerce intra-européen sont plus coûteuses que les droits de douane les plus élevés infligés par Trump. Les analystes évaluent à 67% sur les biens et 95% sur les services le coût des différences de réglementations nationales, la lourdeur des procédures administratives et les pratiques anti-concurrentielles.

Micro 🔬

Les financières américaines décrochent après la demande de Trump de plafonner pendant un an les taux d’intérêt des cartes de crédit à 10%. Pour préparer les midterms, c’est un peu moins fatigant que d’enlever un président en exercice, et tout aussi efficace. Elles inaugurent également la saison de résultats avec des performances mitigées : résultats décevants chez JP Morgan, en raison notamment d’une baisse de 5% des honoraires de la banque d’investissement alors que la banque avait annoncé en décembre une hausse comprise entre 0 et 5% ; décevants chez Wells Fargo et Citigroup ; satisfaisants pour Bank of America et positifs pour Goldman Sachs et Morgan Stanley grâce à la reprise du M&A et au trading. La croissance des prêts est globalement robuste pour les banques commerciales et la qualité de crédit est plutôt en amélioration. Le marché s’inquiète néanmoins de l’évolution future de la marge d’intérêt (dans un contexte de baisses de taux) et d’indicateurs avancés de qualité de crédit qui montrent une dégradation.

Alphabet dépasse la capitalisation de 4 000 Md$, devenant la deuxième capitalisation mondiale devant Apple.

Les résultats de TSMC, en hausse de 35% (sur un chiffre d’affaires en hausse d’environ 20% publié la semaine dernière) dépassent confortablement les attentes. Le groupe annonce des capex en hausse d’environ 30% en milieu de fourchette en 2026, un petit ralentissement par rapport à 2025, mais un niveau largement suffisant pour relancer les titres technologiques dans le monde.

Le transporteur JB Hunt publie des résultats sans relief qui confirment la faiblesse du secteur manufacturier américain, notamment sur les biens de consommation discrétionnaire, mais ne mettent plus en évidence de dégradation.

L’anti-trust chinois ouvre une enquête pour abus de position dominante sur Trip.com (plateforme de réservation de voyages).

Le chiffre d’affaires du groupe Richemont est fortement pénalisé par l’évolution des devises au dernier trimestre, affichant une croissance de 4% en publié contre 11% hors effet de change. La division joaillerie (75% du groupe avec Buccellati, Cartier, Van Cleef & Arpels et Vhernier) affiche 14% de croissance organique.

Deux jugements fédéraux invalident une décision de Trump sur les projets éoliens offshore d’Equinor et Orsted cette semaine.

La minute innovation 🧚🏻

Smart rings are all the rage. Si les notifications de votre montre connectée vous agacent, le tracker de santé en vogue est la bague connectée. Celle d’Oura par exemple (900 M$ de levée en octobre dernier sur une valorisation de 11 Md$).

OpenAI et Anthropic entrent sur le marché de la santé. Côté consommateur pour le premier, qui va lancer un ChatGPT Health permettant de poser des questions en liant le module à son dossier médical et à ses trackers santé ; côté médecins pour le second, avec une version de Claude, entraînée sur des publications scientifiques, aidant les médecins à établir leur diagnostic et à écrire leurs notes (OpenAI teste actuellement une version équivalente de ChatGPT avec quelques hôpitaux). Aucune des deux sociétés ne publie de données sur la fiabilité de ses diagnostics. Reste à voir si elles parviendront à créer la confiance qui a fait défaut à Google, qui a abandonné récemment une décennie d’efforts sur le sujet.

Environnement de marché trop complexe ? Si vous souhaitez creuser nos hypothèses et thèmes d’investissement, rendez-vous ici.

Recomposition progressive des marchés mondiaux 🚜

Que penser de l’accord avec le Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay), dont la signature a été approuvée par le Conseil de l’UE le 9 janvier dernier ? Pour mémoire, il crée une zone de libre-échange (suppression d’environ 90% des droits de douane) couvrant environ 750 millions de consommateurs et 20% du PIB mondial. Au-delà des taxes, il permet aux entreprises européennes un accès élargi aux appels d’offres publics des pays du Mercosur, protège 344 indications géographiques (IG) européennes, dont 63 françaises, contre les imitations (fini le Roquefort cheese spread Kraft), et ouvre à l’Europe l’accès à des ressources en métaux critiques (lithium, graphite et terres rares) avec des taxes réduites.

Les principaux vainqueurs de l’accord sont l’automobile (droits de douane actuels de 35%) et les pièces détachées, les vins et spiritueux (20 à 35%), les produits laitiers (28%), le chocolat et la confiserie (20%), et la chimie et la pharmacie (14 à 18%). Les secteurs perdants : l’élevage bovin, qui doit faire face à une nouvelle concurrence avec un quota de 99 000 tonnes par an à un droit réduit de 7,5%, l’élevage de volailles (quota de 180 000 tonnes à droit nul), les producteurs de sucre et d’éthanol (quotas de 190 000 et 650 000 tonnes respectivement). Pour les bovins, cela ne représente que 1,5% de la consommation totale de l’UE, mais les importations seraient concentrées sur les pièces nobles et pourraient représenter 15 à 20% de l’offre : le coût de production du bœuf brésilien est inférieur de 30 à 50% à celui du bœuf français. Pour les volailles, c’est 1,3% de la consommation de l’UE. La France importe déjà plus de 50% de sa consommation (essentiellement pour la restauration hors domicile et les produits transformés).

Les principaux motifs d’opposition sont au nombre de trois : concurrence déloyale, accélération de la déforestation, et destruction de l’agriculture française. Le premier est partiellement vrai : l’UE interdit les hormones de croissance, mais les contrôles sont insuffisants, et impose le respect de ses LMR (Limites Maximales de Résidus), mais pas une production dans les mêmes conditions qu’en Europe, c’est-à-dire dépourvue d’antibiotiques de croissance ou de certains pesticides interdits. En ce qui concerne la déforestation, notamment dans les zones sensibles, l’accord peut augmenter les échanges de bétail et de soja, entraînant une pression supplémentaire sur les écosystèmes comme l’Amazonie, le Cerrado ou le Gran Chaco, mais s’il n’y a pas de consensus scientifique, les quelques études disponibles montrant un impact anecdotique par rapport à la surface qui disparaît malheureusement déjà chaque année ; reste que le décalage du règlement UE destiné à s’assurer que les produits ne soient pas issus de terres déboisées après 2020 (EUDR) est très contestable. Enfin, pour l’agriculture française, l’accord ne fait que révéler des faiblesses existantes : la délocalisation de la production de volaille a déjà eu lieu, et le prix des bovins est à un plus-haut en raison de la baisse considérable du cheptel (-10% en 5 ans) : les importations vont plutôt combler un déficit de production. On ne peut que déplorer la perte de notre souveraineté alimentaire, mais cet accord n’y change pas grand-chose.

L’impact sur la croissance économique est estimé à 0,1 à 0,3% de PIB pour l’UE, avec parmi les gagnants l’Allemagne, l’Espagne et le Portugal, et à 0,5 (Brésil) à 1,1% (Uruguay) pour les pays du Mercosur. Le Brésil conforte sa place de premier producteur agricole mondial et favorise sa consommation intérieure grâce aux baisses de prix des produits importés, au détriment d’un choc de productivité probable pour son industrie manufacturière, et pour son économie en général.

Les échanges de l’Amérique latine avec la Chine représentaient environ 20% de ceux avec l’Europe en 2000, ils sont maintenant supérieurs de 50%. Cet accord porte à 95% du PIB la couverture de l’Amérique latine par l’UE, alors que les Etats-Unis et la Chine ne sont respectivement qu’à 44 et 14%. Il va réduire les importations de bœuf, de soja, de voitures et machines-outils américains et mettre fin à la contrefaçon des appellations protégées européennes par les marques américaines sur ces marchés, pénalisant leurs groupes agro-alimentaires.

In fine, il semble que l’accord soit positif sur le plan géopolitique, et sur le plan économique : 10 à 30 points de PIB, cela peut sembler modeste, mais la croissance de la zone € n’est attendue qu’à 1,2% en 2026. Au détriment d’une distorsion de concurrence regrettable mais relativement mineure et correctible avec les bons contrôles, et d’un impact environnemental probablement neutre dans la mesure où la production en question aurait trouvé preneur en Chine, sans éluder la question cruciale de la protection des poumons de la planète, et en espérant que l’Europe sera meilleur garde forestier que la Chine. Boursièrement, à voir la réaction des nombreux titres concernés, des éleveurs brésiliens au volailler français, en passant par l’automobile allemande, l’impact n’est pas majeur à ce stade, mais mérite d’être étudié à plus long terme.

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Cet article ne constitue pas une recommandation d’investissement sur les thèmes ou les titres mentionnés.