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Saut quantique
Informatique quantique et cryptographie

Les marchés rebondissent grâce à des chiffres de l’emploi américain jugés assez modérés pour prévenir un nouveau relèvement à court terme des taux de la Fed.
Trump a signé deux décrets sur le quantique, dont un pour des raisons de sécurité des infrastructures numériques. Où en est le développement de la technologie ?
Macro 🔭
Aux Etats-Unis, les données d’emploi de la semaine sont contradictoires : les ouvertures de postes affichent pour le deuxième mois d’affilée un niveau inégalé depuis mai 2024, les licenciements recensés par Challenger, Gray & Christmas plongent, mais l’enquête ADP sur les créations d’emploi déçoit, et la publication de l’emploi non agricole jeudi, montrant un taux de chômage en baisse mais des créations d’emploi inférieures aux attentes de moitié en juin, incite le marché à annuler ses anticipations d’une hausse des taux en juillet. L’activité reste en expansion, mais le PMI manufacturier de juin baisse par rapport au mois précédent.
Dans la zone €, la croissance des prêts aux entreprises et aux ménages accélère, le sentiment sur la situation économique (entreprises et consommateurs) s’améliore pour le troisième mois d’affilée (sauf en France), et le taux de chômage est inchangé (6,2% en mai). Après quatre mois d’accélération, l’inflation de juin ralentit (2,8%). L’OCDE appelle la France à un redressement budgétaire important.
Au Japon, les ventes au détail progressent fortement en mai, soutenues par les hausses de salaires et le plan de relance, et un taux de chômage stable à 2,5%. L’indice Tankan de sentiment des entreprises progresse fortement, pour les grandes entreprises comme pour les PME, et la confiance des consommateurs (pour le mois de juin) rebondit pour le troisième mois d’affilée. Le ministère des Finances renouvelle ses déclarations sur un soutien au yen, sans beaucoup d’effet pour l’instant.
En Chine, les PMI de juin progressent marginalement et indiquent une expansion de l’économie pour le quatrième mois d’affilée.
Micro 🔬
Comcast annonce le spin-off prochain de NBCUniversal et Sky, isolant les activités médias (studios, NBC, Peacock, parcs Universal, Sky) de sa division câble, plus rentable. L’opération consacre l’échec du modèle associant contenu et distribution des années 2010 et pourrait, selon des analystes cités par Reuters, faire de NBCU une cible de consolidation à terme.
Meta, en baisse de près de 12% depuis le début de l’année, s’offre un rebond transitoire mercredi en annonçant rendre disponible sa capacité de calcul pour des clients externes. En positif, le groupe monétise ses investissements IA, même si ce n’est pas via ses produits. En négatif, c’est le deuxième hyperscaler après xAI à annoncer louer ses datacenters parce qu’il n’en a pas complètement l’usage. Les investissements dans l’infrastructure auraient-ils été surestimés ?
Strategy ne sait plus quoi faire pour financer les dividendes de ses actions de préférence, qui traitent toutes désormais très (in)confortablement au-dessous du pair, avec des rendements de 11 à 18%. Michael Saylor annonce que la société est susceptible de vendre jusqu’à 1,25 Md$ de BTC pour faire de la trésorerie, tout en établissant deux programmes de rachats d’actions de 1 Md$ chacun, et en limitant les émissions d’actions Strategy. On passe du Ponzi au bonneteau.
La volatilité du marché coréen, qui se transmet sur certaines séances au Nasdaq, doit pour beaucoup aux ETF à effet de levier : alors que Samsung et SK Hynix pèsent pour plus de 50% de l’indice, les ETF à effet de levier sur SK Hynix représentent un montant 4x supérieur aux montants traités quotidiennement sur le titre.
Tandis que Tesla limiterait à partir de la semaine prochaine les dépenses en outils IA de ses employés à 200$ par semaine, Alex Karp, DG de Palantir, déclare que les modèles d’IA sont « irresponsablement survendus ». Les entreprises « paient pour des tokens que ne créent aucune valeur », et permettent aux LLM de capter leurs données pendant qu’ils paient l’usage des modèles. Son plaidoyer pour la souveraineté IA, traduit dans un manifeste publié sur le site de Palantir, mérite d’être lu même s’il a évidemment pour but de recommander ses solutions ; cet article (Is Alex karp the scariest CEO in the world ?) mérite aussi quelques minutes d’attention.
Le fabricant de satellites Rocket Lab rapproche son modèle de celui de SpaceX/Starlink en achetant Iridium pour environ 8 Md$, accédant ainsi à son réseau de satellites en orbite basse (LEO), son spectre adapté aux communications pour l’aérien, le maritime, la défense et l’internet des objets, et sa base commerciale de 2,5 millions d’abonnés.
Dans l’économie traditionnelle, Nike déçoit encore sur sa publication de résultats, qui met en évidence les difficultés du nouveau dirigeant à redresser la trajectoire des ventes, pénalisée notamment par des stocks élevés et la concurrence locale en Chine.
La minute innovation 🧚🏻
En Chine, les robots d’UBTech, disponibles à la commande, ont animé les réseaux sociaux cette semaine : pas encore au point pour le ménage, mais d’un aspect très proche des humains, ils feraient plutôt office de support émotionnel. La société dit envisager la reconstruction faciale 3D et la voix pour créer des répliques de proches absents ou décédés.
Le gouvernement américain autorise Anthropic à donner accès à Fable 5 sans restriction.
Stripe, Visa, MasterCard, Coinbase, BlackRock et Bank of NY Mellon forment un consortium avec plus de 140 sociétés pour lancer un stablecoin, OpenUSD, qui concurrencera Tether et Circle.
Saut quantique 🖥️
Le 22 juin 2026, Donald Trump a signé deux décrets consacrés au quantique. Le premier vise à accélérer le développement d’un ordinateur quantique utile à la recherche scientifique. Le second demande à l’administration fédérale américaine de préparer la migration vers la cryptographie post-quantique, c’est-à-dire vers des systèmes de chiffrement capables de résister à de futurs ordinateurs quantiques. L’Union européenne a lancé son Quantum Flagship, doté d’un budget attendu de 1 Md€ sur dix ans. La France a annoncé en mai 2026 plus de 1 Md€ supplémentaires pour renforcer sa stratégie quantique. La Chine est créditée d’environ 15 Md$ d’investissement public cumulé dans la technologie.
Le mot quantique désigne d’abord une branche de la physique, celle qui décrit le comportement de la matière à l’échelle atomique et subatomique. L’ordinateur quantique en est une application, pas simple à appréhender pour le commun des mortels : là où l’ordinateur classique encode les données sous forme de bits, valant 0 ou 1, l’ordinateur quantique utilise des qubits (vidéo de vulgarisation ici). Ces qubits ne servent pas à faire tourner plus vite les logiciels existants, mais à construire certains calculs autrement, en exploitant la superposition, l’intrication et l’interférence pour augmenter la probabilité d’obtenir la bonne réponse à la fin du calcul.
La vraie limite du quantique tient aux erreurs. Un qubit physique est fragile : bruit, chaleur ou opération imparfaite peuvent détruire l’information. Or les grands algorithmes exigent des millions, voire des milliards d’opérations fiables. Un ordinateur classique moderne manipule des milliards de bits fiables et exécute des milliards d’opérations par seconde. C’est pourquoi le bon indicateur n’est pas le nombre de qubits physiques, mais le nombre de qubits logiques, stabilisés par correction d’erreurs. C’est l’intérêt de Willow, la puce de Google présentée fin 2024 : avec 105 qubits physiques, elle a montré qu’augmenter la taille du code de correction pouvait réduire le taux d’erreur logique. IBM vise pour 2029 un système tolérant aux fautes, Starling, avec 200 qubits logiques et 100 millions de portes quantiques. Suivrait Blue Jay en 2033, avec 2000 qubits logiques et un milliard de portes. Starling ne sera pas meilleur pour faire tourner un logiciel, gérer une base de données ou entraîner une IA généraliste, mais pour exécuter des circuits quantiques longs et fiables pour quelques familles de calculs : simulation de molécules et de matériaux, chimie quantique, certains algorithmes cryptographiques par exemple.
La première application concrète est défensive : une partie de la sécurité numérique actuelle (banques, administrations, données de santé, paiements) repose sur des systèmes de chiffrement qu’un ordinateur quantique assez puissant pourrait un jour casser beaucoup plus vite qu’un ordinateur classique. Cette machine n’existe pas encore, mais des données volées aujourd’hui pourraient être déchiffrées plus tard (« harvest now, decrypt later »), ce qui oblige déjà les États, les banques et les infrastructures critiques à migrer vers la cryptographie post-quantique.
À moyen terme, l’application industrielle la plus solide est sans doute la simulation moléculaire : un ordinateur quantique pourrait modéliser plus finement des interactions moléculaires complexes, avec des retombées dans la pharmacie, l’énergie ou l’industrie chimique. Viennent ensuite l’optimisation (réseaux logistiques, planification industrielle, allocation de ressources) et la finance quantitative, mais beaucoup de cas d’usage restent exploratoires, notamment pour le pricing, la gestion du risque ou l’optimisation de portefeuille. Enfin, plus anecdotiquement peut-être, la probabilité d’un ordinateur quantique capable de menacer les signatures cryptographiques serait d’environ 1 sur 6 d’ici 2035, près de 30% d’ici 2040 et environ 60% d’ici 2050. Le sujet porte surtout sur les clés publiques déjà exposées, donc sur la capacité du réseau à migrer à temps vers des signatures post-quantiques, plus que sur le minage lui-même.
Le marché est embryonnaire, et les projections très dispersées. Le BCG estime, à horizon 2040, 90 à 170 milliards de dollars de marché pour les fournisseurs de hardware et software, et 450 à 850 milliards de valeur économique totale, mais certaines études de marché ne le voient pas dépasser les 100 Md$ à cette échéance. Les acteurs se répartissent en trois familles : les grands groupes comme IBM, Alphabet, Microsoft, Amazon ou Nvidia, les pure players cotés comme IonQ, Rigetti ou D-Wave, qui offrent une exposition plus directe, mais avec un risque beaucoup plus élevé, et les sociétés privées, comme les Français Pasqal et Alice & Bob, souvent moins visibles mais stratégiques.
Prochaine édition le 18 juillet.
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Cet article ne constitue pas une recommandation d’investissement sur les thèmes ou les titres mentionnés.

