T-Bill and Chill?

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L’Europe et la Chine parviennent à clôturer en positif cette semaine, tandis que les indices américains, Nasdaq en tête, terminent en baisse en raison de nouveaux doutes sur le retour sur investissement de l’intelligence artificielle.

Les besoins croissants de financement des Etats et des entreprises technologiques pourraient raviver l’attractivité des placements court terme.

Macro 🔭

Aux Etats-Unis, les créations d’emploi (ADP) faiblissent pour le quatrième mois d’affilée, mais les inscriptions au chômage également, confortant le scénario de la Fed d’une économie en plein emploi. Le PMI composite de juillet, en nette augmentation, indique une activité en ralentissement pour le manufacturier, en accélération pour les services. Les droits de douane entrent de nouveau en vigueur avec 60 partenaires commerciaux des Etats-Unis, cette fois pour « non-respect de la législation sur le travail forcé », et à hauteur de 10 à 12,5%.

Dans la zone €, la BCE maintient ses taux inchangés mais pourrait les relever de 0,25% en septembre si l’inflation repart à la hausse. La confiance des consommateurs se redresse pour le troisième mois d’affilée. A 51,4, le PMI de juillet est nettement supérieur à celui de juin et aux attentes du consensus et signale une économie en expansion pour la première fois depuis quatre mois.

Au Japon, la croissance des exportations accélère encore en juin à plus de 19%, celle des importations encore plus (25%), reflétant la bonne santé de la demande domestique. L’inflation augmente, à 1,7%. Le PMI composite de juillet confirme l’expansion de l’économie.

Le gouvernement chinois soutient (traduction : achète) les actions technologiques domestiques et demande à tous les intervenants de marché (assureurs, brokers etc) domestiques d’en faire autant.

La recrudescence des tensions avec l’Iran entraîne le baril de brent au-dessus de 100$.

Micro 🔬

Les résultats de la semaine dans la technologie confirment les tendances opérationnelles et boursières récentes : les hyperscalers (fournisseurs de services cloud) continuent d’augmenter leurs dépenses d’investissement et sont sanctionnés par les marchés, tandis que leurs fournisseurs, semiconducteurs en tête, publient d’excellents résultats. Reste que si les premiers ne trouvent plus de financements, les seconds finiront par avoir moins de commandes.

Super Micro Computer, qui assemble des serveurs IA intégrant GPU, mémoire et refroidissement, bondit après avoir annoncé une marge brute trimestrielle de 15 à 17 %, contre 8,2 à 8,4 % attendus, malgré un chiffre d’affaires proche du bas de la fourchette. La société fait également état de plus de 60 milliards de dollars de nouvelles commandes, à livrer au cours des prochains trimestres. Ce montant confirme une demande élevée pour les infrastructures IA, mais était en partie déjà connu et ne permet pas de conclure à une nouvelle accélération de la demande de GPU ou de mémoire. Le titre Intel enregistre une forte hausse en raison de l’annonce d’un plan de licenciement non quantifié dans sa division datacenters, celle qui précisément tire la croissance des résultats du groupe publiés le lendemain.

L’introduction en bourse du fabricant de semiconducteurs chinois CXMT est sursouscrite 212x pour la tranche réservée aux particuliers, 570x pour celle réservée aux institutionnels. Des chiffres ahurissants vus d’ici mais pas inhabituels lors des IPOs technologiques récentes en Chine.

Tesla publie un chiffre d’affaires nettement supérieur au consensus, mais les marges de l’activité automobile baissent fortement, et surtout, alors que le cash flow est négatif pour la première fois depuis 2024, Musk déclare que la société « devrait augmenter ses dépenses d’investissement aussi vite qu’elle le peut, sans trop gaspiller ». Réponse du marché : -15%.

Alphabet affiche une forme insolente, avec un chiffre d’affaires en hausse de 24% et un résultat net confortablement au-dessus des attentes, mais là aussi, un cash flow négatif pour la première fois depuis que la société est cotée, et le relèvement des objectifs de capex entraînent une chute du titre.

Les résultats du fabricant de semiconducteurs Texas Instruments mettent en évidence, au-delà de la dynamique de l’intelligence artificielle, une reprise des marchés de l’automobile et de l’industrie. Mêmes signaux positifs sur ces deux marchés chez STMicroelectronics, et des objectifs relevés sur les revenus 2026 et 2027 liés aux datacenters, mais une baisse de marges, un objectif de chiffre d’affaires décevant pour le trimestre en cours,

Après la spectaculaire baisse du titre IBM la semaine dernière sur sa publication de résultats préliminaires, le groupe révise à la baisse son objectif de chiffre d’affaires annuel.

La minute innovation 🧚🏻

Moonshot AI, dont le dernier modèle sorti la semaine dernière rivalise avec les versions les plus avancées d’OpenAI et d’Anthropic, fait un tour de financement sur une valorisation de 31,5 md$ avant d’entamer la procédure d’introduction sur la bourse de Hong Kong. Le gouvernement US l’accuse d’avoir utilisé des puces Nvidia sous embargo et de s’être servis des modèles américains pour son développement.

L’implant Prima, une puce destinée, en conjonction avec des lunettes, à restaurer partiellement la vision des patients atteints de dégénérescence maculaire liée à l’âge, obtient l’autorisation de mise sur le marché en Europe.

Lors d’un test de vulnérabilité logicielle, plusieurs modèles d’OpenAI ont contourné leur environnement de sécurité pour accéder au web et exploiter les ressources de Hugging Face, la plateforme open source de référence pour l’IA, afin de trouver la solution. Cette évasion technique pousse désormais les éditeurs de LLM à repenser drastiquement la sécurisation de leurs infrastructures de simulation.

T-Bill and Chill ? 😎

L’expression « T-Bill and Chill » est apparue en juillet 2022, dans un article d’Axios consacré aux bons du Trésor américain à court terme. Elle a été popularisée en octobre 2023 par Jeffrey Gundlach, patron de DoubleLine Capital, qui résume ainsi la stratégie : acheter des T-bills, encaisser environ 5% et attendre. Le jeu de mots, dérivé de « Netflix and chill », traduit le retour d’un luxe oublié après une décennie de taux nuls : être rémunéré sans prendre beaucoup de risque de duration.

En 2022, l’inflation américaine dépasse 9 %, la Réserve fédérale relève brutalement ses taux et actions comme obligations chutent. Le portefeuille diversifié classique protège mal, car la hausse des taux pénalise simultanément les deux classes d’actifs. Dans ce contexte, les T-bills ne procurent pas encore un rendement réel très attractif, mais ils offrent une protection contre la volatilité et la poursuite du resserrement monétaire.

En 2023, le contexte est encore plus favorable. L’inflation reflue tandis que les taux courts restent proches de 5 %. La courbe est très inversée : l’investisseur est mieux payé pour prêter quelques mois que pour immobiliser son argent dix ans. Le T-bill devient un placement d’attente presque idéal. Mais lorsque Gundlach reprend l’expression, début octobre 2023, le rendement des bons du Trésor à dix ans approche 4,8 %, le trente ans 5 % et les actions sont en correction. Dans les deux mois qui suivent, les taux longs reculent d’environ un point de pourcentage, produisant le plus fort rallye obligataire de cette durée depuis 2008, et entraînant un rebond marqué des actions en 2023 et 2024. Le T-bill délivre exactement le rendement promis, avec très peu de volatilité, mais sous-performe largement les autres placements.

Le régime actuel est différent. Les taux courts restent rémunérateurs, mais la tension s’est déplacée vers les maturités longues. Le rendement moyen du Bloomberg Global Treasury Index, qui regroupe les dettes souveraines des pays notés investment grade, a atteint 3,68 %, son plus haut niveau depuis la crise financière de 2008. L’OAT française à dix ans s’est approchée de 4 %, tandis que les bons du trésor américain à trente ans évoluent autour de 5,2 %. Ce mouvement mondial ne traduit pas seulement une révision à la hausse de la trajectoire attendue des taux directeurs. Il reflète aussi une augmentation des taux réels et de la prime de terme (le supplément de rémunération demandé par les investisseurs pour immobiliser leur capital pendant dix ou trente ans).

Cette exigence d’un rendement plus élevé est cohérente avec l’augmentation des besoins de financement. Fitch estime que la dette publique des économies développées atteindra 75 800 milliards de dollars fin 2026, soit 104 % de leur PIB, contre 68 % vingt ans plus tôt. Les États doivent financer déficits, défense, vieillissement, transition énergétique et charge d’intérêts, tandis que les entreprises technologiques lèvent elles aussi des capitaux pour leurs infrastructures d’intelligence artificielle. À la trajectoire anticipée des taux directeurs s’ajoutent désormais des émissions de dette abondantes et une incertitude persistante sur l’inflation, qui poussent les investisseurs à exiger une rémunération plus élevée pour prêter à long terme.

Cela modifie la hiérarchie rendement-risque. Un T-bill offre une forte sécurité à court terme : le risque de défaut du Trésor américain est très faible et, en raison de son échéance proche, son prix réagit peu aux variations de taux. Il ne protège toutefois ni contre l’inflation, ni contre le change, ni contre la baisse du rendement lors du réinvestissement. Pour l’investisseur européen ne souhaitant pas de risque de change, un fonds monétaire rapporte 3 à 3,5%.

Une obligation souveraine longue offre désormais davantage de rendement, mais expose à une nouvelle hausse des taux réels ou de la prime de terme. Le crédit d’entreprise de qualité peut constituer un compromis : certaines sociétés disposent de bilans, de flux de trésorerie et d’une discipline financière plus solides que ceux de certains États.

Les actions apportent une autre protection potentielle : une entreprise peu endettée, génératrice de trésorerie et dotée d’un pouvoir de fixation des prix peut mieux préserver le pouvoir d’achat qu’une obligation à long terme dont les intérêts et le remboursement sont fixés à l’avance. Mais la hausse des rendements souverains relève aussi le rendement exigé sur les actions : à bénéfices anticipés inchangés, elle tend donc à réduire leur valorisation, surtout lorsque les profits attendus sont éloignés dans le temps.

T-Bill and Chill ne constitue pas une stratégie patrimoniale de long terme, mais reste la meilleure parade contre la volatilité à court terme.

Pour mieux comprendre la hiérarchie rendement-risque des différents placements ou les déterminants de l’évolution des taux, vous pouvez accéder à notre formation ludique sur ce lien.

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Cet article ne constitue pas une recommandation d’investissement sur les thèmes ou les titres mentionnés.